Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
L’ancien trader vedette de Deutsche Bank Christian Bittar, au cœur de l’affaire et absent du procès. 
© PETER NICHOLLS/REUTERS

Justice

Euribor: début d’un procès qui se délite

Seuls quatre de onze prévenus sont présents. Deux Français sont accusés d’être au cœur du système de manipulation des taux

Le box aux parois de verre blindé dans la salle numéro six du tribunal de Southwark, à Londres, était bien vide ce mercredi 11 avril. Pour le début du procès de la manipulation de l’Euribor, un taux d’intérêt de référence, seuls quatre des onze prévenus qui étaient accusés au début de la procédure, en 2012, étaient présents. Quatre Allemands et deux Français ont refusé de s’y rendre, estimant que les faits étaient prescrits ou qu’ils ne constituaient pas une infraction dans leur pays.

Un troisième Français, considéré par l’accusation comme le personnage central de la fraude, a au contraire plaidé coupable au dernier moment, le mois dernier, dans un coup de théâtre qui a chamboulé l’audience. Il ne reste plus que quatre personnes à comparaître, seconds couteaux de l’affaire: Achim Kraemer, de Deutsche Bank, et Carlo Palombo, Colin Bermingham et Sisse Bohart de Barclays.

Les faits ne sont pas contestés

Etrange procès que celui de l’Euribor. D’un côté, le Serious Fraud Office (SFO), l’équivalent britannique du parquet national financier, estime qu’il s’agit d’une des plus importantes fraudes financières récentes. Selon James Waddington, son avocat, un groupe de banquiers a «manipulé le système financier pour arnaquer de nombreuses personnes». En son cœur se trouveraient les «principaux protagonistes», deux Français: Christian Bittar, trader star de Deutsche Bank, et «son vieil ami» Philippe Moryoussef, trader à Barclays.

De l’autre côté, les banquiers accusés crient au scandale. L’avocat de Philippe Morryoussef, François de Castro, dénonce des «violations graves et réitérées aux principes du procès équitable». Selon lui, la justice britannique approche cette affaire de façon biaisée, refusant en particulier le témoignage clé des créateurs de l’Euribor, que les deux Français voulaient utiliser.

Etrangement, les faits, qui se situent entre 2005 et 2009, ne sont guère contestés. Mais les banquiers estiment simplement que ce qui leur est reproché ne constitue pas un délit. Ils disent avoir agi en fonction des règles des marchés de l’époque, utilisant les mêmes pratiques que tous leurs collègues. En substance, ils estiment servir de bouc émissaire pour la crise financière.

Comme un pari truqué

L’Euribor est un taux d’intérêt interbancaire, proche cousin du Libor, un taux similaire, également au cœur d’un scandale. Chaque jour, 48 banques soumettent le taux auquel elles empruntent aux autres, dans le cadre de la gestion de leurs liquidités. A 11h00, la moyenne pondérée est réalisée, et sert de référence à des millions de produits financiers à travers la planète.

Ce système de calcul a rapidement ouvert la possibilité à la «manipulation» dénoncée par le SFO. A l’intérieur des banques, certains employés sont chargés de déclarer le taux du jour. D’autres sont au contraire chargés de spéculer sur l’Euribor et le Libor. Assez rapidement, les seconds ont donc demandé aux premiers de les aider dans leur tâche, en augmentant ou baissant légèrement le taux du jour. Le SFO a retrouvé de nombreux messages électroniques entre les banquiers qui le prouvent.

Pour James Waddington, l’avocat du SFO, cela revient à «truquer un match lors d’un pari sportif». Les banquiers répliquent qu’il ne s’agissait pas de manipulation, mais d’appréciation à la marge: les taux d’intérêt sur les marchés ne sont pas une science exacte, et peuvent évoluer à quelques points de base près (un point de base est 0,01%). De plus, il s’agissait d’une pratique généralisée à tout le système financier. Le procès – ou ce qu’il en reste – doit durer trois mois.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)