Le mot figure déjà dans les conclusions de plusieurs sommets européens. La situation grecque est «exceptionnelle» et ne doit pas être mise en parallèle avec celle des deux autres pays placés sous perfusion financière de la zone euro: le Portugal (78 milliards d’euros pour trois ans, débloqués à compter de mai 2011) et l’Irlande (85 milliards d’euros sur dix ans, débloqués à compter de décembre 2010). Problème? Y croire revient à prendre un sacré risque: «La question inévitable, en cas de sortie de la Grèce, sera «qui après?» commentait, hier, le Financial Times.

«Protéger Rome et Madrid»

La première question, répondent les experts, est donc de définir le périmètre à protéger. Sans le dire, beaucoup estiment problématique de dépenser une énergie et des sommes folles pour Lisbonne, si la Grèce ouvre une brèche dans le navire. L’Irlande, où un référendum doit avoir lieu le 31 mai sur le «pacte budgétaire» censé consolider la stabilité à l’allemande dans la zone euro, se retrouvera alors dans une situation difficilement tenable. Mais les deux priorités sont bien sûr l’Espagne (auquel le Portugal est étroitement lié) et l’Italie. Envisager leur départ reviendrait, ni plus ni moins, à faire exploser l’euro tel qu’il a été conçu. La France, désormais résolue à faire de la relance, se trouverait coincée. Conséquence: «Nous devons édifier un mur pour protéger Madrid et Rome», notait hier un diplomate.

Comment? Deux types de rempart peuvent être édifiés. Le premier consiste à faire intervenir, de suite, le futur Mécanisme européen de stabilité (MES), dont la mise sur pied, à partir de juillet 2012, est liée au «pacte budgétaire» (et à l’adoption de freins constitutionnels à l’endettement) dont doivent discuter, ce mardi à Berlin, Angela Merkel et François Hollande. Doté d’une capacité d’emprunt de 500 milliards d’euros, couplé aux autres fonds existants comme l’EFSF (créé à titre provisoire en mai 2010) et à des ressources accrues du FMI, le MES prêterait aux Etats de la zone euro mis en difficulté par un défaut grec, et superviserait les réformes. Sauf qu’il n’est pas pour faire face à une crise bancaire systémique, à l’échelle du continent. Et sauf que Berlin conditionnera son activation à la remise en ordre des finances publiques.

Deuxième rempart: l’intervention massive de la Banque centrale européenne qui, rompant avec son mandat, prêterait directement aux Etats pour faire face à leurs besoins de relance et recapitaliser leurs banques. Un mur de liquidités… qui supposerait alors une totale refonte politique de la zone euro, la crise ayant accouché d’une «Union de transfert». C’est le théorème du grand chambardement, compatible avec un resserrement de la zone euro et l’émergence d’un fédéralisme économique ou d’une «Fédération d’Etats-nations» pour reprendre le terme de Jacques Delors*. Sauf qu’il ne s’agit plus là d’un mur, mais d’un nouvel édifice communautaire. Au sujet duquel les peuples devront avoir leur mot à dire. Ce qui le rend aussi très vulnérable.

*«Pour une Fédération européenne d’Etats-nations» de Gaëtane Ricard-Nihoul (Ed. Larcier)