Encore trop chères! Tel est, décidément, le sentiment des investisseurs à l'égard des valeurs technologiques. Jeudi, il a suffi qu'une étude d'analystes prête à Motorola l'intention de réduire sa production de téléphones mobiles pour que l'indice américain Nas-daq connaisse une première heure catastrophique (dépassant les -3,5%), ce qui a eu pour incidence de plomber les marchés européens, entraînés par la déprime de titres comme Nokia (-6,6%), Philips (-7,4%) ou Ericsson (-6,7%). La remontée du Nasdaq, qui repartait même au vert en deuxième moitié de séance, intervenait trop tard pour que l'Europe ne revienne de ce pessimisme exacerbé.

«Nous avons connu plusieurs avertissements bénéficiaires («profit-warnings») d'envergure ces derniers temps, et aussi longtemps que le risque d'un ralentissement américain existe, les gens seront inquiets de devoir payer ces multiples énormes», résumait Tony Zucker, un gérant de fonds chez Thames River Capital, cité par l'agence Bloomberg. Malgré les dégringolades enregistrées la semaine dernière, des titres phares de la cote européenne comme Nokia ou Ericsson demeurent parmi les cinq valeurs les plus chères du Stoxx 50, se payant respectivement 54 et 61 fois les bénéfices estimés pour l'exercice en cours. C'est grosso modo le double de la moyenne de l'indice de référence des marchés européens. Un économiste de la Deutsche Bank, avec un humour assez britannique, qualifiait en général les multiples des valeurs de technologie, de médias et de télécoms de «très exigeants». Pour l'investisseur s'entend.

Le feu a été bouté jeudi par une note de recherche publiée par un analyste de Lehman Brothers, estimant que Motorola allait réduire sa production de téléphones mobiles entre 80 et 85 millions d'unités, contre une estimation initiale de 100 millions. En Europe, outre les trois grandes valeurs citées précédemment, des équipementiers du mobile comme Bureau van Dijk (-22%) ou des producteurs de logiciels comme SAP (-4,4%) subissaient des revers plus ou moins graves. Aux Etats-Unis, le leader mondial des chaînes d'assemblage de microprocesseurs, Kulicke & Soffa, perdait plus d'un tiers de sa valeur boursière en cours de séance après avoir averti mercredi soir que ses ventes et ses bénéfices ne correspondraient pas aux attentes du marché, en raison de reports d'ordres.

Conséquence de cette méfiance persistante envers la «Nouvelle Economie» et la technologie, les valeurs défensives se portaient comme un charme. L'alimentation et l'énergie étaient les groupes de titres les plus en vue, et le marché suisse, réputé très défensif – malgré son très léger ravalement de façade techno agendé pour septembre, ne lâchait que quelques miettes quand ses voisins perdaient la mie. Cette nouvelle situation a fait quelques heureux, notamment Vivendi Environnement. Entré en Bourse voici deux semaines après plusieurs reports calamiteux, le domaine historique du groupe de Jean-Marie Messier a pu fêter sa première clôture au-dessus de son niveau d'émission. Une consolation pour le grand patron français, qui a axé tout son développement futur sur la technologie, les médias et les télécoms…