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Européens et Asiatiques veulent renforcer le système monétaire international

Les pays membres du Forum Europe-Asie réunis ce week-end à Francfort désirent élargir les pouvoirs des institutions internationales, mieux contrôler les marchés, les fonds spéculatifs ainsi que les taux de change

Après les crises en Asie, en Russie et aujourd'hui au Brésil, les ministres des Finances du Forum Europe-Asie (ASEM), réunis vendredi et samedi à Francfort, ont déclaré vouloir renforcer les pouvoirs des institutions financières internationales et en particulier du FMI.

Selon Oskar Lafontaine, ministre des Finances allemand et président de la conférence, «la constitution financière internationale doit être réformée». «Les rôles des différentes institutions du système monétaire doivent être revus de manière globale», note le communiqué final. «Les ministres ont reconnu la nécessité d'adopter de nouvelles mesures pour renforcer les systèmes financiers, notamment en ce qui concerne la transparence, la comptabilité, et les procédures d'insolvabilité», ajoutent les pays de l'ASEM. Les ministres veulent aussi renforcer le contrôle des marchés financiers, des banques d'investissements et des fonds spéculatifs. «Sur les mécanismes à adopter, il y a des divergences de vues», a pourtant reconnu Yves-Thibault de Silguy, commissaire européen chargé des questions monétaires.

Si le communiqué final parle du désir de «maintenir des systèmes de taux de change solides», aucune ligne n'est consacrée à la mise en place d'un régime de change entre les principales monnaies, comme le souhaitent la France, l'Allemagne et le Japon. Le président Oskar Lafontaine a indiqué que les pays de l'ASEM désiraient une «stabilité flexible». «Tout le monde a reconnu que les marchés entièrement libéralisés, en particulier ceux à court terme, posaient problème», a expliqué Oskar Lafontaine, qui a proposé il y a plusieurs mois d'instituer des corridors entre l'euro, le yen et le dollar. Il a déclaré que la proposition était en discussion et signalé que de tels changements, s'ils intervenaient, «prendraient du temps».

Les Américains sont opposés à un tel système, ainsi que la majorité des banquiers centraux d'Europe, estimant que de tels corridors ne sont pas praticables. «Dans un monde caractérisé par des marchés financiers hautement intégrés, il y a de sérieux doutes que des corridors de taux de change soient réalisables», a expliqué Wim Duisenberg, président de la Banque Centrale Européenne (BCE), invité à la conférence. «A part le risque de miner la stabilité des prix, de tels régimes de taux impliqueraient que les buts de politique domestique sont subordonnés à des impératifs extérieurs», a-t-il expliqué.

Oskar Lafontaine a dit que sa proposition se basait sur une proposition faite par le comité de Bretton Woods, présidé par Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine. Il a rappelé que le taux de change du deutsche Mark par rapport au dollar avait passé de 3,4 il y a dix ans à 1,7 aujourd'hui. Pourtant, peu d'économistes sont enchantés par le concept de corridors de taux. Le grand problème réside dans la défense de tels systèmes en cas de turbulences. Pour qu'un tel régime fonctionne réellement, les pays participants devraient de facto abandonner leur autonomie de gestion de réserves. Lorsque Oskar Lafontaine avait présenté l'idée d'instituer des corridors, les banquiers centraux avaient réagi violemment, voyant dans cette proposition le désir des politiques de violer le principe d'indépendance des banques centrales.

Le ministre japonais des Finances, Kiichi Miyazawa, a pour sa part proposé de lier les monnaies asiatiques à un panier de devises – constitué de l'euro, du yen et du dollar – et non plus au seul dollar. Ce système aurait l'avantage d'amortir les chocs entre ces monnaies. C'est principalement l'arrimage des devises au dollar ainsi que la volatilité des capitaux à court terme qui sont à l'origine des crises asiatiques et de la crise brésilienne. Le vice-ministre des Finances de Malaisie, Datu Mustapa Mohamed, a pourtant estimé que cette proposition n'était «qu'une idée, un concept». Une telle proposition avait été faite lors du sommet des pays de l'APEC en novembre de l'année passée par Toru Kusukawa, président de l'institut de recherche Fuji. Cet économiste soutient qu'un tel système est «une solution de stabilité monétaire à long terme basée sur les principes du marché».

La crise brésilienne a également été longuement discutée par les pays participants. Oskar Lafontaine a déclaré de son côté que les pays de l'ASEM souhaitaient que «la situation s'améliore». Il a indiqué qu'il désirait durant le week-end parler au ministre des Finances brésilien afin de lui «exprimer son soutien pour le Brésil et pour ce qui est entrepris».

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