Le rêve d’une carrière éclair en Chineattire des pionniers occidentaux

Etudes

L’intérêt des Européens pour les MBA chinois est en hausse constante

Le «choc culturel» asiatique prépare les candidats à un monde complexe

«L’Europe est riche, mais l’Asie détient toutes les promesses.» Pour Simon John Evenett, de l’Université de Saint-Gall, le choix d’un MBA en Chine est envisagé par un nombre croissant d’Occidentaux. «Les candidats visent une carrière rapide, un poste à responsabilités, un bon salaire et de la reconnaissance. Ils incluent dans leur projet l’apprentissage du chinois, mais l’écart entre le rêve et la réalité peut être important au final», prévient ce directeur académique. «Il faut être fou pour y aller», répond ironiquement un cadre revenu ravi de ses études en Chine.

Christophe Weber aime aussi la Chine. Ce Genevois a assumé durant quatre ans la direction du World Economic Forum à Pékin, avant de suivre un Executive MBA (EMBA) à l’Université de Tsinghua (Pékin) dans un programme conjoint avec l’Insead nommé Tiemba. Il encourage vivement les jeunes à davantage s’exposer au monde asiatique: «Un EMBA en Chine est une expérience unique à vivre. Le choc culturel est fort. Il implique une remise en question complète. Je n’aurais pas voulu faire un papier dans une université américaine, où l’enseignement est formaté pour un monde dont les codes en termes de business ne prévaudront plus forcément d’ici à une vingtaine d’années.» Pour l’actuel chef de l’état-major de la direction de la Banque Cantonale de Genève, les perspectives d’emploi en Chine ne manquent pas et continueront d’évoluer. «Les Chinois ont besoin d’étrangers pour soutenir leur croissance et leur balance commerciale. Les multinationales et les ambassades engagent des jeunes ouverts, à la recherche d’une nouvelle expérience. Je vous rappelle les accords commerciaux exceptionnels signés cette année entre la Suisse et la Chine, qui englobent de larges secteurs de l’économie.»

«Si vous avez un MBA et que vous parlez chinois, les multinationales présentes en Chine seront intéressées. Elles cherchent des Occidentaux», confirme Dirk Craen, président du groupe European University, qui possède des filiales en Europe et en Asie.

Simon John Evenett évoque en contrepoint un déclin des MBA en Europe et aux Etats-Unis. Il dessine deux tendances parallèles: un intérêt croissant des candidats occidentaux pour des MBA en Asie et parallèlement un flux de candidats orientaux – Indiens et Russes notamment – vers l’Europe.

La Suisse tirerait son épingle du jeu, grâce à une économie à la fois stable et diversifiée, avec pour corollaire une hausse des entrées pour des MBA à l’Université de Saint-Gall, se réjouit le directeur académique.

Que disent les chiffres? Selon le QS TopMBA.com Applicant Survey 2013 (étude réalisée chaque année par l’entreprise éponyme), 9% des Européens interrogés affichent leur intention d’aller en Chine pour faire un MBA. Cette proportion est la plus élevée comparativement à toutes les autres régions du globe. Pour toute l’Asie, l’intérêt déclaré pour un MBA en Asie est passé de 6,42% en 2011 à 15% en 2013.

De l’autre côté du Pacifique, les Etats-Unis demeurent le plus grand pourvoyeur de MBA au monde, mais cette suprématie subit une lente érosion. «Une politique restrictive des visas freine les demandes. Dans ce domaine, la Chine s’améliore», souligne ­Simon John Evenett.

Apprentissage d’une culture radicalement étrangère, immersion dans un monde en pleine mutation, création d’un réseau neuf: les promesses d’une carrière en Chine sont assurément nombreuses. Mais le voyage impliquera une bonne capacité d’adaptation.

La langue représente un des cols nombreux à franchir. «Pour des positions de haut niveau, maîtriser le chinois parlé est un avantage, mais l’écrit n’est pas nécessaire car l’anglais, qui est connu des jeunes Chinois, demeure la langue de travail», estime Christophe Weber. Moins haut dans la hiérarchie, «la maîtrise du mandarin est indispensable», lit-on sur www.shanghaiexpat.com, site des bons tuyaux dans cette ville, en ligne depuis 1999 déjà.

«L’Europe est riche, mais l’Asie détient toutes les promesses»