Les milieux financiers internationaux se retrouvent, lundi matin, totalement pris au dépourvu par les événements agitant l’Egypte. N’ayant en rien prévu les soubresauts du Caire – ou ceux de Tunis –, certains opérateurs n’en commencent pourtant pas moins à spéculer sur la déstabilisation des autres régimes régnant sur la région, en particulier sur les pays pétroliers du Golfe. L’influence de ces paris sur les marchés reste cependant encore limitée: le gros des opérateurs attend la suite. Résultat, le cours du pétrole brut a commencé à remonter légèrement ce matin: le baril cote ainsi un peu moins de 90 dollars dans les échanges électroniques du marché new-yorkais, le Brent valant à Londres un peu moins de 100 dollars.

Les dizaines de milliers de manifestants ayant défié le couvre-feu dimanche au Caire sèment le doute parmi les institutions ayant des placements directement exposés à la région. Résultat, l’agence de notation Moody’s a abaissé lundi son évaluation de la capacité du Caire à rembourser ses emprunts publics à «Ba2». En écho, les primes des produits d’assurance (CDS) protégeant contre le non-remboursement des emprunts du gouvernement égyptien continuent de voir leur prix grimper. Tout comme celles utilisées par les investisseurs ayant souscrit aux emprunts de Riyad ou Dubaï. Ces secousses ont même fait légèrement progresser le taux d’intérêt moyen que les grandes places financières exigent des prêts accordés à tous les pays émergents. Dimanche, les bourses du Moyen-Orient avaient déjà toutes plongé, celle de Dubaï perdant plus de 4%, sa plus mauvaise journée des huit derniers mois. Les marchés et les banques égyptiennes restent, eux, fermés, alors que les manifestants continuent de demander la démission du président Moubarak. Le gouvernement a, lui, été forcé de reporter deux emprunts publics auxquels il devait procéder sur les marchés internationaux.

En situation incertaine, les marchés se replient sur les actifs dits refuges. Ce matin, l’ampleur de ce repli reste pourtant encore modérée. Le franc suisse progresse ainsi légèrement: il n’en faut plus que 1,2811 pour acheter un euro, soit 2% de moins qu’il y a dix jours. L’or, de son côté, progresse légèrement à Shanghai ou Tokyo ce matin. Mais sur les échanges électroniques new-yorkais, sa valeur fait étonnamment du surplace, autour de 1337 dollars l’once.

Sur le territoire égyptien, les entreprises étrangères recommandent la prudence à leurs expatriés. Les multinationales japonaises ont ainsi réduit leurs activités sur place et demandé à leurs salariés d’éviter les déplacements dans le pays. Nissan a notamment annoncé qu’il suspendait sa production, pour au moins une semaine, dans son usine de Gizeh. Toyota ou Panasonic ont décidé pour leur part d’annuler tous les voyages d’affaires de leurs employés en Egypte.