Evernote aura bientôt dix ans, en juin 2018. La société américaine fut, en 2012, l’une des premières «licornes», c’est-à-dire une entreprise technologique privée valorisée plus d’un milliard de dollars. Elle vaut toujours entre 1 et 1,2 milliard. Spécialisée dans le travail collaboratif sur smartphone, tablette et ordinateur, la société basée à Redwood City en Californie cherche aujourd’hui de la stabilité.

En 2015, elle se séparait de 18% de ses effectifs – pour compter désormais 350 employés –, et remerciait son fondateur et directeur Phil Libin, pour le remplacer par Chris O’Neill. Celui-ci dirigeait auparavant le projet des lunettes connectées chez Google. Fin 2016, Evernote soulevait une petite tempête en prévoyant de permettre à ses employés de lire les notes de certains clients. Face aux critiques, la société avait vite renoncé.

Récemment de passage dans le bureau d’Evernote à Zurich, Chris O’Neill explique où en est sa société, qui a augmenté ses tarifs en 2016. L’offre «Plus» coûte 35 francs par année, l’offre «Premium» étant facturée 60 francs (44 francs auparavant).

Le Temps: Quel est l’état de santé d’Evernote?

Chris O’Neill: Sans conteste, 2016 a été notre meilleure année. Nous sommes toujours le numéro un mondial sur le marché – que nous avons créé – de la collaboration et de la productivité numérique. Nous comptons désormais plus de 200 millions d’utilisateurs au total. Entre 75 000 à 100 000 internautes nous rejoignent chaque jour. Et par rapport à 2015, le nombre d’utilisateurs payants a augmenté de 40% – je ne peux vous donner de valeur absolue. Mais c’est le signe que nos produits sont appréciés.

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– Et du point de vue financier?

– Nous sommes devenus extrêmement disciplinés concernant nos dépenses en gérant au mieux notre temps et nos ressources. Auparavant, nous brûlions jusqu’à 5 millions de dollars par mois. Désormais, nous sommes positifs concernant le cash-flow, ce qui est une étape très importante pour notre société. Nous n’avons pas besoin de lever de nouveaux fonds.

– Quand serez-vous bénéficiaire?

– Je ne peux pas encore le dire publiquement, mais nous sommes en très bonne voie. Notre marge brute s’est améliorée de deux chiffres et comme notre activité génère des marges importantes, cela nous rend extrêmement forts.

– Vous avez licencié 18% de vos employés…

– Oui, mais Evernote est désormais plus efficace. Nous sommes passés du statut de start-up qui testait beaucoup de produits et de services, qui les jetait contre les murs et qui regardait ce qui restait accroché, à celui de société mure. Nous ne faisons pas 15 000 choses en même temps, nous sommes devenus disciplinés avec des chefs de produits qui savent exactement ce qu’ils doivent faire et qui peuvent se targuer d’une expertise très importante.

– De l’extérieur, on a l’impression que vous pourriez facilement être attaquée par Google, Microsoft ou Apple…

– J’observe bien sûr de près la concurrence, mais elle ne m’inquiète pas trop. De nombreuses sociétés tentent de nous imiter, sans succès. Et notre plus grand concurrent demeure, dans de nombreux marchés, le stylo et le bloc de papier. Bien sûr, Microsoft, Salesforce ou Google proposent des services inspirés des nôtres. Mais pour ces sociétés, ce sont des services annexes, alors que nous nous concentrons totalement sur la collaboration numérique. Et cela change tout en termes de qualité. J’ajoute que nous sommes relativement petits par rapport à un Microsoft ou un Google pour ne pas les menacer.

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– Quels nouveaux services pourriez-vous lancer?

– Nous venons de réécrire totalement notre application pour iPhone et iPad, qui est désormais plus rapide et plus efficace avec un nouveau design. Nous changeons en permanence de nombreuses parties de code informatique pour améliorer sans cesse nos produits. Et nous venons de migrer avec succès 3.5 pétaoctets de données (ndlr: représentant environ 5 milliards de notes) en 70 jours à destination du cloud de Google, ce qui assure une plus grande sécurité pour nos clients, et davantage de rapidité pour l’accès aux données.

– Dans quelle mesure utilisez-vous l’intelligence artificielle dans vos services?

– Evernote a été créé en se basant sur de l’intelligence artificielle, avec un système de reconnaissance des notes manuscrites. Je crois totalement à cette technologie. Récemment, après une réunion de notre comité de direction qui a duré cinq heures, un employé a rédigé un compte rendu classique. Mais en y ajoutant ensuite, pour chacun des points discutés, une liste d’action à entreprendre grâce à un nouveau logiciel. Et dans 70 à 80% des cas, le logiciel était parvenu à définir des actions à accomplir en fonction de la situation actuelle. Nous voulons aussi utiliser l’intelligence artificielle pour améliorer le passage du texte écrit à la voix, et vice versa.