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La Suisse évite ainsi le phénomène de castes extrêmement dommageable que l’on rencontre dans des pays voisins.
© BEN STANSALL

Analyse

Pour éviter que la vie professionnelle soit limitée à la période de 30 à 45 ans

Les liens multiples et complexes qui unissent les citoyens se desserrent. Il n’y a pas seulement un fossé entre les générations, mais aussi entre les politiques et les acteurs de la vie économique. Le système de milice peut-il améliorer la cohésion, les opportunités et le transfert de savoir?

La société se fracture en silos. L’inclusion se perd. Les jeunes de 29 ans, malgré leurs diplômes et leurs expériences peinent à obtenir les fonctions qu’ils ambitionnent et sont pénalisés par la réforme du système de prévoyance. Les plus de 45 ans luttent durement pour justifier leur utilité sur le marché de l’emploi avant de partir, souvent sous la contrainte, en préretraite. La vie professionnelle se raccourcit à la période de 30 à 45 ans. En dehors d’un carnet d’adresses étoffé, point de salut. Le système de milice était longtemps l’instrument d’inclusion sociale, un remède pour les 7 à 77 ans. Peut-il être le ciment capable de réunir les intérêts au profit de l’ensemble?

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Ce modèle typiquement suisse améliore la confiance dans le système politique autant que le fédéralisme et la démocratie directe. Un facteur de succès ou un modèle dépassé? La question a été débattue lors d’une rencontre d’Axa Investment Management, à Zurich avec le nouveau chef de l’armée suisse, Philippe Rebord, un chef d’entreprise membre d’un parlement, Josef Maushart, patron de Fraisa, élu PDC à Soleure, marié et père de trois enfants, ou Natalie Rickli, cadre chez Goldbach Media et conseillère nationale UDC. Avec ces personnalités, la conclusion était forcément favorable au système de milice. L’appel à l’engagement hors professionnel sur base volontaire, et parfois partiellement rémunéré, nécessite toutefois des mesures de rénovation.

Des externalités positives

«Le système de milice offre des avantages considérables» selon Reiner Eichenberger, professeur à l’université de Fribourg. Pour reprendre le langage des économistes, «il produit des externalités positives». La réunion d’expériences, de générations, de nationalités, de statuts sociaux facilite la compréhension des problèmes des autres, fait émerger de nouvelles idées, permet de nouer des contacts qui permettront de trouver de nouveaux emplois. Elle facilite les compromis dans un cadre de débats (plutôt que par des conflits) et de rassembler les forces autour d’un objectif. La Suisse évite ainsi le phénomène de castes extrêmement dommageable que l’on rencontre dans des pays voisins.

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Ce système ne se limite de loin pas à l’armée et à ses contraintes. Pour Philippe Rebord, le caractère obligatoire du service est justifié par des impératifs d’immédiateté de la réponse aux menaces. Mais le service militaire est coûteux (notamment en coûts d’opportunités), peu efficace en raison de la surreprésentation de jeunes en formation. Le commandant de l’armée se plaint de ne pas trouver assez de cadres. Reiner Eichenberger propose un système de milice sur base volontaire, ouvert à des personnes plus âgées, plus motivées et expérimentées plutôt que de se limiter à des jeunes obligés de s’engager. Et plus efficace.

Les bénéfices de la représentation de ses intérêts

A l’heure où la réponse au populisme se fait attendre, le système de milice sur base volontaire réduit les frictions entre les gens à un moindre coût. Economiquement, c’est extrêmement efficace. Les citoyens qui s’engagent volontairement au sein des organes de la caisse de pension, dans des associations sportives ou culturelles, dans les conseils communaux sont moins bien rémunérés que des professionnels.

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Et au moment où les lobbys font l’objet de toutes les attaques, le système de milice tire des bénéfices de la représentation des intérêts de chaque individu, de sa génération, de ses opinions politiques, de sa profession, de sa situation familiale. «C’est de ce mélange d’intérêts particuliers que naît un compromis typiquement helvétique, c’est-à-dire accepté par tous ceux qui ont participé au processus», selon Reiner Eichenberger.

Chacun sait que le système de milice souffre, moins dans le domaine sportif que politique. Face au manque d’engagement en politique, Reiner Eichenberger propose les solutions de l’économie privée: l’ouverture du marché, l’accumulation des rôles et une meilleure rémunération. Le FC Bâle ne peut pas se limiter pas l’engagement de Bâlois pour être performant, ni Nestlé à des Veveysans. De même des personnalités capables et volontaires pourraient très aisément et pour le bien de tous être élues dans d’autres communes ou exercer leur fonction dans deux communes (cumul horizontal des postes).

Une autre solution passe par une incitation monétaire plus soutenue et/ou l’aménagement des heures de séances et des tâches dans une entreprise. Comme l’explique Natalie Rickli, «l’engagement est salutaire, mais c’est un défi pour l’entreprise et pour les collègues». En fait, le problème du service de milice est celui d’une demande en forte croissance (associations sportives, politique, caisse de pension), par rapport à une offre limitée, mais qui ne se réduit pas aux 30-45 ans.

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