Cerise sur le gâteau pour George Bush. Deux jours après sa réélection, les chiffres de l'emploi sont venus rehausser vendredi son bilan économique. 337 000 emplois ont été créés en octobre aux Etats-Unis, selon le département du travail. Alors que les analystes tablaient sur 175 000 nouveaux postes. Il s'agit de la plus forte progression depuis mars. Le marché du travail s'était repris l'espace de trois mois, avant de s'essouffler durant l'été. Mieux, les chiffres des mois précédents ont été révisés à la hausse: 139 000 en septembre (contre 96 000 annoncés précédemment) et 198 000 en août (contre 128 000). Ouvrant au passage la voie à une hausse des taux d'intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed) dont le comité de politique monétaire se réunit mercredi.

Les investisseurs ont aussi apprécié. Ces chiffres ont dopé la Bourse à son ouverture. De quoi permettre à l'indice S & P 500 d'entamer sa neuvième séance consécutive en terrain positif, un enchaînement plus observé depuis 1997. Après ce départ en fanfare, les prises de bénéfice réalisées à l'issue d'une semaine très positive expliquent une séance indécise. S'affichant au-dessus des 1150 points, le S & P 500 se situe désormais au niveau atteint en mars 2002. «Il évolue dans le haut de la fourchette depuis juillet», note un gestionnaire de la place. En filigrane, se pose la question de la poursuite de ce rallye boursier.

Du travail grâce aux ouragans

Si les spécialistes soulignent à l'unanimité les excellents chiffres de l'emploi publiés vendredi, ils restent prudents sur l'évolution de la conjoncture américaine. «Au moins 100 000 emplois résultent de la vague d'ouragans qu'a connue le pays», estime Jan Poser, l'économiste en chef de la banque Sarasin à Zurich. Pour preuve, le rebond de la construction – très sollicité après ces catastrophes naturelles – est sensible (+71 000 postes). Le tertiaire n'est pas en reste (+272 000). Selon lui, ces emplois ne pourraient être que temporaires. «L'évolution du secteur industriel m'inquiète. On y enregistre une décroissance», poursuit-il. Le secteur a perdu 5000 places de travail en octobre.

L'hypothèse qui soutient que les entreprises américaines engagent du personnel après avoir amélioré leurs gains de productivité ne convint en revanche pas. La forte création d'emplois enregistrée le mois dernier ressemble plus à une anomalie. «Ce chiffre de 337 000 emplois créés paraît être une donnée transitoire. Il n'indique pas de retournement de tendance», affirme Edgar van Tuyll, stratège auprès de Pictet & Cie à Genève. «Je ne suis pas si sûr que cette croissance de l'emploi soit tenable», renchérit Jan Poser. Ces commentaires tempérés s'appuient sur plusieurs indicateurs. Tout d'abord, l'annonce lundi du recul de l'indice ISM (indice d'activité du secteur industriel aux Etats-Unis) dont le chiffre d'octobre à 56,8% s'est avéré inférieur aux attentes des analystes (58,5%). Au même titre que la croissance du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre à 3,7% publié la semaine dernière, en dessous des 4,3% anticipés. «Nous n'allons pas vers une récession, mais vers un ralentissement de la croissance», prédit Jan Poser.

Dans l'intervalle, les spécialistes privilégient le marché des actions à celui des obligations. Plus que l'économie américaine, ils ont aujourd'hui les yeux rivés sur les prix du pétrole. «Nous jouons la continuation de la hausse des marchés boursiers d'ici à la fin de l'année. Nous estimons que le pétrole est surévalué de 10 dollars et favorisons sa baisse à court terme. Il ne s'agit toutefois pas d'une grande tendance», conclut Edgar van Tuyll.