Nocive et coûteuse, la criminalité économique ne cesse d'augmenter. D'après le dernier sondage de PricewaterhouseCoopers (PwC), le nombre de sociétés victimes de fraude en Europe de l'ouest est passé de 29% à 34% entre 2001 et 2003, et même de 26% à 37% dans la partie centrale et orientale du continent. John Wilkinson et Gianfranco Mautone, deux cadres de PwC qui présentaient l'étude mardi à Zurich, avancent trois causes: la récession, le désir d'une plus grande transparence et la conscience des préjudices de la fraude économique. Voilà au moins une bonne nouvelle: la croissance des délits constatés s'explique partiellement par la mise en place d'outils de détection performants.

PwC a interrogé plus de 3600 hauts responsables de sociétés dans 50 pays. L'étude comporte plusieurs biais. Questionner uniquement le personnel, susceptible de commettre des actes délictueux, en est un. L'ONG Transparency International s'appuie aussi sur les observations de tiers. Par ailleurs, nos deux interlocuteurs le reconnaissent, la définition de certains crimes économiques, comme la corruption, diffère selon les régions. Néanmoins, cette vaste enquête fournit plusieurs informations intéressantes sur les deux dernières années:

Les spécificités suisses

Les sociétés helvétiques restent plus épargnées par la fraude que leurs homologues dans le reste du monde: 24% d'entre elles ont subi la criminalité économique ces deux dernières années (28% en 2001), contre 37% sur le plan mondial (51% en Afrique, 41% en Amérique du nord, 29% en Asie/Pacifique, 38% en Amérique latine et en Europe orientale, 34% en Europe de l'ouest). Cette différence s'explique difficilement, selon les auteurs. On peut juger tout simplement que la Suisse est plus vertueuse mais aussi que le standing de vie constitue un verrou efficace contre des actes qui peuvent mener en prison.

Autre surprise de taille: alors que la corruption ne figure pas parmi les premières inquiétudes des entreprises, le délit lui-même est plus répandu qu'ailleurs (voir tableau ci-contre). «Nous avons été très surpris par ce résultat, note Gianfranco Mautone. Cela peut s'expliquer par l'imbrication des réseaux d'acheteurs et des vendeurs.» Le petit nombre de fournisseurs et les pratiques cartellaires sont en cause. De même, les constats de blanchiment d'argent sont plus répandus que dans le reste du monde. Mais fait intéressant, leur incidence réelle est cinq fois inférieure à la crainte qu'ils inspirent. Autrement dit, la prise de conscience de ce crime l'emporte sur la réalité.

La finance et le vol en première ligne

Banques et assurances figurent parmi les premières victimes de fraudes, ce qui ne surprend pas. Par la quantité d'argent qu'elles détiennent et l'accès qu'elles procurent aux transactions financières, elles représentent des cibles de premier choix. C'est pourquoi elles sont soumises à des autorités de surveillance et disposent de moyens de détection plus importants que dans d'autres industries. Les cas sont donc plus facilement découverts.

Le vol constitue le délit le plus facile à commettre et aussi le plus repérable. C'est pourquoi il représente 60% des cas de fraude. Mais il faut aussi noter qu'une entreprise sur dix a été sujette à des rapports comptables frauduleux!

Combien cela coûte-t-il?

L'estimation de la perte moyenne par entreprise s'élève à 2,2 millions de dollars sur deux ans. Mais il ne s'agit que d'une moyenne, non d'une médiane plus représentative. Pour la plus grande partie des sociétés, le coût de la fraude se chiffre entre 50 000 et 250 000 dollars. Il ne tient par ailleurs pas compte des dégâts non financiers, dont les plus importants sont la démotivation des employés, les incidences sur les relations d'affaires (surtout la corruption, la falsification des comptes et l'extorsion de fonds) et sur l'image (en premier lieu les contrefaçons).

Comment détecte-t-on un fraudeur?

PwC l'avait déjà constaté en 2001: une grande partie des cas (32% dans le monde en 2003, 43% en Suisse) sont découverts par hasard! En Suisse, ce sont néanmoins les techniques de gestion des risques qui l'emportent (51%) et dans le monde, les audits (47%). Les codes de conduite sont plutôt adoptés par les sociétés qui n'ont pas encore été exposées au crime. Celles qui l'ont subi optent pour une approche plus pragmatique: formation du management, recrutement plus attentif du personnel… Elles ne reculent pas non plus devant la délation (28% du total des sociétés).