Prévoyance 

Les experts prévoient une forte baisse du nombre de caisses de pension

La consolidation des instituts de prévoyance se poursuivra ces prochaines années. Leur nombre devrait passer de 1600 à moins de 1000, selon les participants à une table ronde d’Inter-Pension. Les caisses de moins de 5 milliards de francs d’actifs sont les plus menacées

La consolidation se poursuit dans les caisses de pension. En 1978, la Suisse en comptait 14 000, puis en l’an 2000 encore 2500 et en 2015 à peine 1600, selon Pascal Kuchen, responsable de l’assurance vie auprès d’Axa Winterthur en Suisse romande. Ce dernier s’exprimait jeudi soir à Lausanne lors d’une table ronde d’Inter-Pension, une organisation spécialisée dans la prévoyance professionnelle.

1000, 600 caisses ou encore moins?

La réduction du nombre d’institutions devrait se poursuivre à 1200 en 2020 puis moins de 1000 en 2025, selon Pascal Kuchen. La question est celle du rythme. Olaf Meyer, président du conseil d’administration de la fondation Profond, pense certes que le nombre devrait se réduire à 1100 ces 10 prochaines années. Mais «si les difficultés actuelles se prolongent pour les petites caisses de pension, la consolidation devrait s’accélérer. Le nombre d’institutions tomberait alors à 850 et, en cas de complications supplémentaires à 650». Mais comme les grandes institutions accueilleront davantage d’assurés, «le nombre de caisses de pension ne joue pas un rôle très important. Ce sont les objectifs des assurés qu’il importe d’atteindre», ajoute-t-il.

«Une caisse de pension peut continuer d’exister, même si sa petite taille la rend peu efficiente» explique Olaf Meyer. Ce dernier place la limite de l’efficience économique à 5 milliards de francs d’actifs par caisse ou 30 à 40 000 assurés. «Les institutions de moins 300 assurés vont pratiquement disparaître, celles de 300 à 1000 s’éroder et celui de 1000 à 3000 demeurer constant», affirme Pascal Kuchen.

20 institutions suffisent

Keith Ambachtsheer, professeur émérite à l’université d’Ontario, et auteur d’un ouvrage de référence sur les caisses de pension, déclarait récemment au Temps que la Suisse n’avait besoin que de 20 caisses de pension. Ainsi, les coûts des institutions seraient réduits et leur rendement amélioré. L’expert, qualifié de «pape de la prévoyance», estime que la gestion externe des placements fait perdre 5% au rendement des caisses. «Dans le sens d’une optimisation des placements, une réduction à 20 ferait beaucoup de sens, mais le marché comporte une grande force d’inertie», commente Olaf Meyer.

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Martin Janssen, directeur et associé d’Ecofin, ne partage pas du tout l’avis de Keith Ambachstheer et considère que la division du travail est un principe qui contribue à des coûts plus bas qu’une gestion interne. «La gestion externe peut être plus élevée, mais uniquement parce qu’on ne fait pas jouer le marché, qu’il y a trop peu de transparence et trop de favoritisme. C’est pourquoi des caisses de pension présentent des frais de gestion de 10 points de base et d’autres de 100 points de base», selon le directeur d’Ecofin.

Le prêt-à-porter plutôt que le sur-mesure

Un nombre de 20 caisses de pension suffit à garantir une concurrence efficiente des différentes stratégies de prévoyance, estime pour sa part Olaf Meyer. La gestion des placements à l’interne est parfaitement sensée pour les plus grandes institutions. Elle renforce le savoir-faire interne, ce qui conduit à une stratégie de qualité adaptée aux besoins de financement, ajoute l’expert. En réalité, selon Profond, la diversité des prestations (plans de contribution, modèles d’assurance, services) rencontrée en Suisse ne peut guère être rapidement standardisée. «Pour les assurés, le prêt-à-porter remplacera le sur-mesure», résume Pascal Kuchen.

Pour le responsable d’Axa Winterthur, les raisons de la diminution des caisses sont les suivantes: Les entreprises veulent concentrer leurs efforts sur les activités «opérationnelles» plutôt que la gestion de la caisse de pension. Les responsables de la caisse (gérant et président du conseil de fondation) arrivent à la retraite et les nouveaux sont moins attirés par la prévoyance. Les obstacles réglementaires se sont accrus et compliquent la gestion d’une caisse de pension.

La gouvernance des caisses de pension devrait être améliorée, ajoute le président de Profond. «C’est un point central», selon Olaf Meyer. «L’objectif devrait consister à améliorer la professionnalisation», déclare-t-il. «Les grandes institutions, notamment collectives, ont l’avantage d’être indépendantes de l’employeur, ce qui leur permet d’assouplir le principe des fonctions paritaires sans provoquer de dommage», conclut-il. Des conseillers de fondation et des directeurs professionnels gagnent en marge de manœuvre, ce qui peut être utilisé pour obtenir des rendements plus élevés.

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