Le refrain est connu: hors d'une reprise des exportations, point de salut à court terme pour la deuxième économie mondiale toujours engluée dans la récession et pas encore redynamisée par les réformes du gouvernement Koizumi. Pas étonnant donc si la Bourse de Tokyo s'enrhume dès que son principal marché étranger, à savoir les Etats-Unis, prend un coup de froid. Conséquence directe de la plongée des indicateurs économiques américains et de la baisse du Dow Jones et du Nasdaq lundi, l'indice Nikkei a perdu mardi 2,1% à 9501,02 points, à 18 points de son cours le plus bas depuis 18 ans. Les séances de ces cinq derniers jours ont toutes été consécutivement orientées en forte baisse, preuve du manque de confiance ambiant. «Le ciel des exportateurs japonais s'assombrit. Leurs perspectives ne sont plus aussi prometteuses qu'il y a un mois», concède Alexander Muromcew, gestionnaire de fonds chez le courtier californien Loomis Sayles, cité par l'agence Bloomberg. L'une des valeurs les plus affectées est l'action Sony, qui a perdu 2,5% à 4980 yens. Le géant électronique nippon réalise plus d'un quart de ses ventes aux Etats-Unis. Le dollar a pour sa part regagné du terrain face au yen. Il s'échangeait mardi en fin de séance à 120,46 yens, soit 1,27 yen de plus que lundi.

Autre secteur touché par ce revirement de conjoncture: l'automobile. Mardi, Toyota et Nissan – dont les ventes américaines ont bien progressé ces derniers mois – ont vu leurs titres chuter respectivement de 1,9 et 2,7%. Aux mauvaises nouvelles économiques américaines s'ajoute en effet pour les constructeurs nippons une concurrence accrue de la part de leurs rivaux locaux. Les «trois grands» de Détroit, Ford, Chrysler et General Motors, multiplient les incitations financières (prêts préférentiels, gratuité des options…) pour séduire les ménages et résister à l'offensive des Japonais sur des marchés longtemps négligés par ces derniers, comme celui des véhicules sportifs utilitaires (SUV). Autrefois quasi-absent de ce secteur, Honda prévoit ainsi de vendre cette année 300 000 véhicules SUV, après avoir lancé en juillet son quatrième modèle, la Pilot. A la fin de l'année, suite à l'ouverture de l'usine Nissan de Canton dans le Mississippi, les constructeurs nippons compteront 14 sites de production aux Etats-Unis, soit le double d'il y a dix ans.

La chute de la Bourse japonaise a enfin été significative pour les valeurs informatiques telle Advantest, en baisse mardi de 5% pour terminer à 5310 yens. Les fabricants de semi-conducteurs, de composants et d'ordinateurs nippons (Kyocera, Canon…), très ébranlés l'an dernier par l'écroulement de la demande électronique mondiale, accusent le coup et semblent partis pour des semaines de turbulences, même si la reprise de Wall Street hier va sans doute avoir à Tokyo un impact positif aujourd'hui: «L'horizon sombre pour les exportateurs n'est qu'un élément de la baisse constatée mardi, estime un analyste de BNP Paribas. L'impact de la baisse du Dow Jones et du Nasdaq est très important. Les mouvements des deux marchés sont de plus en plus symétriques.» Beaucoup d'investisseurs ont eu tendance à vendre leurs titres industriels japonais, qui avaient depuis peu repris du poil de la bête, afin de couvrir leurs pertes américaines. Les autres places financières asiatiques ont d'ailleurs subi des mouvements identiques: l'indice Kospi sud-coréen a perdu 0,3% et le Hang Seng singapourien a chuté de 1,1%.

Quelle que soit l'évolution prochaine de l'indice Nikkei, la perplexité règne néanmoins au Kabuto-cho, le quartier de la Bourse. Le sentiment général reste celui d'une amélioration progressive et d'une économie nipponne en voie lente de rétablissement après avoir «touché le fond» durant le premier trimestre, mais la fragilité est évidente. «Je ne suis pas pessimiste car la reprise américaine demeure à l'ordre du jour, mais beaucoup de questions restent en suspens», explique Naoki Murakami, de BNP Paribas. Pour consolider ce timide redémarrage, le gouvernement japonais devrait confirmer aujourd'hui, avec l'adoption de son projet de budget 2003 plafonné à 402 milliards de dollars, une baisse d'impôt d'environ 9 milliards et une diminution de 3% des dépenses de travaux publics.