Une progression de 347% en dix ans, soit bon an mal an une hausse de 35% chaque douze mois et ce malgré deux crises économiques majeures. C’est pourtant la croissance des exportations suisses vers la Chine depuis l’entrée de ce pays dans l’OMC en 2001.

La Suisse profite à l’envi du miracle économique de l’Empire du Milieu. Une nation qui est devenue un eldorado pour nombre de sociétés helvétiques, comme les horlogers, ou au moins un relais de croissance salutaire, surtout dans un contexte d’incertitudes et de ralentissement conjoncturel. «Sans la Chine, au mieux nos affaires stagneraient en ce moment», témoigne un industriel romand qui s’est installé dans le pays il y a quatre ans. Et il ne le regrette pas malgré des débuts quelque peu chaotiques.

Apparemment, cette manne chinoise n’en est qu’à ses débuts. Avec une augmentation des exportations de 1,7 milliard de franc pour le premier semestre 2011 comparé à 2010, la Chine (Hongkong inclus) est déjà clairement la plus grosse contributrice à la croissance des exportations suisses. Comparons: les entreprises suisses ont exporté des biens à hauteur de 7,1 milliards vers la Chine sur la période, soit une augmentation de 32%. Dans le même temps, les exportations à destination de l’Union européenne ont stagné à + 0,9%, à 58,1 milliards dont 20 milliards vers l’Allemagne.

Excédent commercial

Selon le Swiss Center Shanghai, un regroupement d’entreprises helvétiques en Chine, si les taux de croissance actuels des exportations se maintiennent, la Chine rattrapera l’Allemagne et deviendra d’ici 2020 le plus gros importateur de biens suisses. Qui l’eut cru il y a dix ans? De plus, la Suisse est l’un des rares pays à afficher un excédent commercial avec l’Empire du Milieu.

Très nombreuses sont les entreprises helvétiques qui ont pris pied en Chine. Selon l’ambassade suisse à Pékin, il s’agit de 300 sociétés, réparties sur 700 emplacements, avec au total plus de 125 000 employés. À lui seul, ABB emploie 18 000 collaborateurs, générant dans 31 sites de production un chiffre d’affaires de 4,4 milliards de dollars.

Le bond est tel que, pour les multinationales, la question n’est pas tant de savoir si ce pays deviendra un jour leur premier marché mais bien quand cela sera une réalité. Un accord de libre-échange entre les deux pays, actuellement en négociation, pourrait encore avoir un effet multiplicateur. Selon une étude de Bain & Co, il ne faut toutefois pas se reposer sur ses lauriers. Le marché devient très concurrentiel et il faut se battre pour gagner chaque part de marché. Entre 2006 et 2011, le chiffre d’affaires des entreprises cotées sur le SMI a progressé de 17% par année. Une manne à soigner.