«En 2005, la reprise économique va gagner en force.» Wolfgang Clement, le ministre allemand de l'Economie, avait de quoi bomber le torse, jeudi, en commentant la bonne nouvelle: après trois années de stagnation, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 1,7% l'an dernier, selon les chiffres publiés par l'Office fédéral de la statistique. Même si l'Allemagne connaît toujours l'une des plus faibles croissances économiques de la zone euro, le ministre de l'Economie, pour qui «2004 aura été l'année du tournant», pouvait pavoiser en constatant que les réformes si contestées du marché de l'emploi avaient porté leurs premiers fruits.

La baisse des impôts au début de l'année et une amélioration du marché du travail devraient redonner confiance et permettre de sortir le marché intérieur du creux, espère-t-il. Car c'est bien la consommation qui freine la reprise économique. Deux tiers de la croissance proviennent en effet de l'étonnante bonne tenue des exportations, qui ont progressé de 8,2% l'an dernier malgré la cherté de l'euro et le prix du pétrole. L'Allemagne, qui se confirme comme la championne du monde des exportations en volume, peut compter sur son industrie automobile, les machines et la chimie qui ont gagné des marchés et assurent plus de la moitié de la croissance.

Par contre, inquiets pour leur emploi, les Allemands économisent mais n'achètent plus: le marché des biens de consommation a reculé de 0,3%. Toutefois les Allemands se sont rués dans les commerces et les grands magasins à l'occasion des fêtes de fin d'année: «Il y a des années que je n'avais pas vu dans mes établissements un tel besoin de fêter et autant de gens», avouait le patron de trois restaurants à la mode à Berlin.

L'Office fédéral de la statistique a pu aligner quelques autres bons indices: l'investissement en biens d'équipements a augmenté de 1,3% et la productivité du travail de 1,3%. Selon le président de l'Office, Johan Hahlen, «l'économie allemande a enfin traversé une longue phase de stagnation». La reprise qui s'était manifestée timidement au milieu de 2003 avait été interrompue au début de l'automne, avec de très mauvaises rentrées de commandes. Mais le dernier trimestre aura été finalement bien meilleur que prévu (LT du 11 janvier 2005). Au grand soulagement du gouvernement, qui avait basé son budget sur une croissance, finalement assez proche, de 1,8%.

Absence de nouveaux emplois

Le décollage reste toutefois trop faible pour avoir un impact sur le marché du travail. D'autant que le secteur de la construction, gros fournisseur d'emplois, est toujours en recul. Selon les principaux instituts économiques allemands, il faudrait un bond de 2% au moins pour inciter à la création de nouveaux emplois. Seules nouvelles occupations jusqu'à présent: les «mini-jobs», les emplois précaires créés dans le cadre des réformes de l'assurance-chômage.

Reste à savoir si l'économie allemande tiendra ses promesses pour l'année en cours. Le gouvernement compte sur une croissance de 1,7%. Seul parmi les cinq grands instituts économiques, le Deutsche Institut für Wirtschaftsforschung (DIW) a pronostiqué une croissance supérieure, à 1,8%. L'institut munichois Ifo, par contre, s'en tient à 1,2%. Pour les économistes, tout dépendra du cours de l'euro face au dollar et du prix du pétrole, et bien sûr de la consommation intérieure. Alors que les indicateurs économiques, basés sur la consultation des chefs d'entreprise, étaient plutôt moroses, le Centre européen de recherches économiques a remonté l'indice de l'Allemagne de 12 à 26 points en raison d'une amélioration du climat général et des perspectives économiques.

L'Allemagne est loin d'avoir surmonté la crise économique et financière. Même si pour 2004 l'Etat fédéral devrait éviter de dépasser le déficit de 40 milliards d'euros, qui constitue un records, l'ensemble des collectivités publiques, Etat, Länder et communes, cumule un déficit de 84,5 milliards d'euros, soit 3,9% du PIB. Pour la troisième fois l'Allemagne dépassera donc le seuil de 3% imposé par le pacte de stabilité européen. Mais Wolfgang Clement n'a pas commenté ce point.