L’horlogerie suisse enregistre un semblant de bonne nouvelle. En novembre, les exportations de montres ont certes encore reculé, mais moins que lors des mois précédents.

A 1,86 milliard de francs, les livraisons vers l’étranger ont baissé de 5,6% par rapport à novembre 2015, alors qu’elles avaient baissé de 16% au mois d’octobre et que depuis le début de l’année, le recul s’élève en moyenne à 10%. Fin du calvaire ou simple accalmie? A défaut de projections, une rétrospective laisse entrevoir quelques lueurs d’espoir.

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Le bilan global

A moins d’une surprise en décembre, les exportations horlogères de 2016 devraient se situer autour des 19,5 milliards de francs. Ce sera 10% de moins qu’en 2015, environ 15% de moins qu’en 2014.

Ce serait la moins bonne performance depuis 2011, année durant laquelle les ventes du secteur se relevaient à grande vitesse grâce à une croissance alimentée par les plans de relance. Mais ces 19,5 milliards sont tout de même le double des exportations d’il y a quinze ans. En l’an 2000, l’horlogerie suisse avait envoyé pour 10,6 milliards de francs de montres à l’étranger.

Les déceptions

On le sait depuis longtemps, et les récentes annonces de restructuration chez Piaget et Vacheron Constantin ne font que le confirmer: les ventes de montres en or et en métaux précieux sont en souffrance. Ainsi, par segment de prix, les produits les plus chers – dont le prix à l’exportation dépasse 3000 francs, soit environ 8000 francs à la vente – ont chuté de 7,1% en une année.

Selon Jean-Daniel Pasche, président de la FH, les acheteurs «se reportent sur des produits moins chers». Le segment 500 à 3000 francs (valeur à l’export) progresse ainsi de 2,6% en novembre. Cela n’empêche pas cette gamme de prix d’avoir subi des revers cette année, comme en octobre par exemple (-14%).

L’entrée de gamme (200 à 500 francs) souffre également, avec un recul de 8% en novembre, après une chute de 14,5% en octobre. «La concurrence directe des ventes de montres connectées n’est pas évidente à démontrer», tempère Jean-Daniel Pasche. D’ailleurs, assure-t-il, «les industries horlogères chinoises et japonaises, qui sont encore plus concernées que nous, ne ressentent pas non plus vraiment d’effets négatifs».

Les bonnes surprises

De mémoire de président de la FH, c’est une première: le Royaume-Uni est désormais le premier marché européen devant les habituelles France, Allemagne ou Italie. A la suite du vote favorable au Brexit, la livre sterling a d’abord chuté de 8%, puis de 15% face au dollar, augmentant le pouvoir de séduction des montres suisses pour les touristes étrangers voyageant à Londres ou à Manchester. Les exportations vers le Royaume-Uni ont progressé de 4,8% sur un an et de 24%, par rapport à 2014.

L’autre bonne surprise de 2016, c’est le retour en grâce de la Corée du Sud, après une année 2015 plombée par l’épidémie de coronavirus Mers, les touristes (notamment chinois) semblent à nouveau être attirés par Séoul et ses environs. Les exportations ont augmenté de 20% en novembre et de 5% sur onze mois.

La confirmation

Certes, les exportations vers la Chine continentale sont en recul de 6% sur onze mois. Il n’empêche, le 4e plus grand débouché de l’horlogerie suisse montre des signaux positifs, comme la progression de 7% en novembre. Jean-Daniel Pasche y voit plusieurs raisons: l’intense activité des marques sur le territoire, la volonté de Pékin, à coups de contrôles douaniers renforcés, de stimuler la consommation intérieure, ainsi qu’une récupération partielle des ventes qui n’ont plus lieu au Japon, à Hongkong, en France ou en Italie, là où les Chinois voyagent beaucoup moins que par le passé.

Les inconnues

La principale interrogation concerne Hongkong. Au sujet de ce qui reste le premier débouché de l’horlogerie suisse, la question a longtemps été: «Quand est-ce que cela va s’arrêter?». Aujourd’hui, au vu de la quasi-stabilisation des exportations (-0,7% en novembre), c’est la nature de ce chiffre qui interpelle. Simple pause ou fin de la purge? Même s’il «s’agit en soi d’une bonne nouvelle», la Fédération horlogère prévient: «Il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions à long terme». Il faudra encore plusieurs mois – au moins trois – pour qu’un atterrissage puisse être confirmé, complète son président.

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