Histoire

EY est né à Bâle il y a 100 ans d’une banque qui voulait surveiller ses clients

Le réviseur a été fondé en 1917 par la Basler Handelsbank. Au départ, il s’agissait pour les banques de surveiller la qualité des comptes de leurs clients. L’histoire de l’entreprise, décrite dans un livre, souligne l’expansion d’une branche bâtie sur la confiance

L’expert-comptable est aussi indissociable de la Suisse que le Cervin ou le lac des Quatre-Cantons, selon Tobias Straumann et Adrian Lachenmeier, les auteurs du livre publié à l’occasion des 100 ans d’EY. «Sans ses prestations, il n’y aura pas de richesse en Suisse», écrivent-ils. Pourtant l’image du pays est davantage liée à des produits de consommation, le chocolat, les montres, le fromage. A tort? La raison tient au fait qu’elle ne fabrique pas des produits, mais de la confiance, selon les auteurs.

D’ATAG à EY

Au début du XXe siècle, les banques suisses ont ainsi créé des sociétés de révision pour mieux apprécier la santé financière de leurs clients. La Basler Handelsbank a par exemple créé le 12 mars 1917 la Fiduciaire générale (ATAG), aujourd’hui EY Suisse. Quant au nom d’EY, il est le résultat de son appartenance au réseau Ernst & Young, issu de la fusion, en 1989, d’Ernst & Whinney et d’Arthur Young.

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La filiale a survécu à sa maison mère. Basler Handelsbank a en effet été déclaré insolvable à la suite de la crise bancaire allemande en 1945, puis reprise par la SBS. Mais la société de révision, la seule d’origine bâloise, a survécu. Son management a racheté les actions à travers un management buy-out (MBO) et a poursuivi son expansion. Ce n’est pas la seule surprise qui attend le lecteur. Le fondateur de Roche, Fritz Hoffmann, parent par alliance du président de la Basler Handelsbank, faisait partie de ses premiers actionnaires. Quant au siège actuel d’EY, à Bâle, il se situe toujours dans un immeuble acheté en 1920 à Adèle La Roche, veuve de Fritz Hoffman

Expansion durant les crises

La branche n’a cessé de se transformer et de se réinventer. La seule constante a été son expansion en dépit des crises et des guerres.

Les noms des directeurs sont peu connus du public. Le premier directeur a été Joseph Kaufmann, lequel a donné le témoin à Manfred Hoessly, en 1939, l’homme qui a organisé le MBO et s’est ainsi s’opposé à l’idée d’une reprise par la SBS. La disparition de la grande banque bâloise a été une chance pour le réviseur, selon les auteurs. Elle l’a obligé à se recentrer sur les PME. Plus tard, en 1955, ATAG a elle-même créé sa filiale bancaire (Bank-und Finanzinstitut), ainsi qu’un fonds d’investissement, s’est diversifiée une première fois dans le conseil aux entreprises, dans les centres de calcul (Interdata), le conseil en publicité et en assurance.

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L’expansion doit beaucoup à Peter Mengiardi, directeur depuis 1974. Conseiller fiscal d’Alfred Kühne qu’il avait aidé à transférer le siège de son entreprise en Suisse, le directeur a lui-même siégé au conseil d’administration de Kühne + Nagel. Mais à cette époque, la loi a commencé à se durcir en matière de conflits d’intérêts. ATAG s’est séparée de sa banque en conservant la gestion de fortune. Entre 1975 et 1990, quand Peider Mengiardi s’est retiré, les revenus ont quintuplé et l’effectif est passé de 865 à 2057.

Du Big Eight au Big Four

Avec la mondialisation, la société a changé d’identité et s’est intégrée au réseau Arthur Young International. La branche est alors entrée dans une fièvre de fusions qui l’a amenée à former le «Big Eight»: Coopers & Lybran, Arthur Andersen, Price Waterhouse, Deloitte Haskins & Sells et Touche Ross, Arthur Young, Ernst & Whinney.

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La fusion de ces deux derniers a créé Ernst & Young, un réseau de 70 000 employés dans le monde. Pendant ce temps, en Suisse, ATAG a repris Swirex, le partenaire local d’Ernst & Whinney, qui était dirigé par le Romand Robert Pennone.

Avec la 8e directive européenne de 1984, la loi a exigé des sociétés d’audit que les experts-comptables détiennent la majorité des droits de vote. Il n’était donc plus possible pour des banques de contrôler des réviseurs.

Le durcissement des exigences d’indépendance a obligé les réviseurs à se séparer de certains services. Ernst & Young a externalisé la gestion de fortune. ATAG Asset management a ainsi été vendue à la Banque cantonale de Bâle-Campagne, ce qui l’a obligé à abandonner 1000 mandats. Aux Etats-Unis, la SEC a demandé aux réviseurs de quitter la branche du conseil. Ernst & Young a donc dû vendre cette activité à Cap Gemini et se séparer de 18 000 conseillers au plan mondial. Elle a également vendu ATAG Informatik, puis IHA. Cette réorientation explique le rachat de la fiduciaire Neutra, à Berne, la huitième société d’audit suisse. A cette époque, en 1997, Ernst & Young a par ailleurs tenté de fusionner avec KPMG Fides, mais le projet a avorté au dernier moment.

Contre les conflits d’intérêts

Lors du scandale Enron, qui a provoqué la fin d’Arthur Andersen, Urs Widmer, directeur d’Ernst & Young a cherché à s’associer à sa branche suisse. 55 des 85 sociétés d’Arthur Andersen dans le monde sont entrées dans le réseau d’Ernst & Young, alors que les autres ont préféré Deloitte. L’intégration d’Arthur Andersen a eu une conséquence malheureuse dans l’affaire de la BCGE, vouée à la faillite sans le soutien du canton. Ernst & Young a été confronté à une énorme demande en dommages et intérêts. L’accord s’est conclu par une compensation de 110 millions de francs et au renoncement à une poursuite pénale ou civile contre le réviseur.

Début 2009, le Bâlois Bruno Chiomento est devenu directeur. Il a été le dernier à être élu par les partenaires suisses. En raison de la centralisation internationale, Marcel Stadler, l’actuel directeur, a en effet été nommé par les responsables d’EY EMEIA (Europe, Moyen Orient, Inde et Afrique).

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