Cybersécurité

Le fabricant du Blackphone a trouvé 50 millions de dollars

La société genevoise Silent Circle veut se relancer grâce à ses logiciels de cryptage. L’argent frais pourrait la sortir de ses difficultés financières et judiciaires

Silent Circle n’abandonne pas. Embourbée dans un litige actionnarial et faisant face à des commandes bien en deçà de ses prévisions, la société tente de se relancer.

Basé à Genève, le fabricant du Blackphone, un smartphone ultra-sécurisé, a annoncé jeudi soir une levée de fonds de 50 millions de dollars. Parmi les investisseurs figurent Bob Ackerman, fondateur du fonds d’investissement Allegis, spécialisé dans la cybersécurité.

«Eliminer les dettes»

Selon le patron de Silent Circle, Matt Neiderman, contacté vendredi, ces 50 millions serviront à accélérer le développement des logiciels de sécurisation des données, utilisés à 95% par des entreprises et des gouvernements. Cet argent frais permettra aussi à «éliminer les dettes» découlant des activités dans les «hardware» – les smartphones.

Une bonne nouvelle qui suit une série de déconvenues. La société est poursuivie en justice par son ancien partenaire, Geeksphone, avec qui elle avait créé une joint-venture pour produire le Blackphone, en 2014. Un an plus tard, Silent Circle a racheté les parts dans la coentreprise. Sauf qu’elle n’aurait pas encore payé l’intégralité de son dû et serait encore redevable de 5 millions de dollars, accuse l’ancien allié espagnol.

Des prévisions trop optimistes

Dans une lettre adressée à Geeksphone, Matt Neiderman, directeur général par intérim et responsable des affaires juridiques de la société sise au Grand Sacconex, justifie ces difficultés – et son endettement – par des prévisions de ventes très éloignées de la réalité. Le magazine Forbes, qui a obtenu une copie de ce courrier, explique que la société voulait racheter les parts de Geeksphone lorsqu’elle pensait écouler 250 000 smartphones. Mais des trois distributeurs qui avaient passé commande, un seul a finalement acheté des Blackphone – 6000 pièces, au lieu des 100 000 prévues.

Dans cette lettre, Matt Neiderman propose une restructuration de la dette. Il argumente en détaillant les défis et les échéances (levées de fonds, sortie du Blackphone 2, etc.) qui ont occupé et qui attendent Silent Circle. Il évoque même une éventuelle procédure de sursis concordataire, dans le scénario du pire.

Dans un second courrier, lui datant de mai 2016, Matt Neidermann indique ne plus vouloir trouver d’arrangement et refuse de payer les 5 millions manquants, invoquant des erreurs de conception que Geeksphone aurait commises pour le premier Blackphone. Sur ce litige en cours, Matt Neiderman ne souhaite pas en dire davantage.

Ce que l’on sait néanmoins, c’est que la société s’est séparée d’une partie de ses employés. Les coûts doivent être réduits et certains projets devraient être – ou l’on déjà été – abandonnés.

Une nouvelle génération de Blackphone reste néanmoins d’actualité, affirme Matt Neiderman. «Les appareils sont une pièce essentielle de la plateforme que nous offrons à nos clients […] Nous travaillons à élargir la palette de fonctions et de prix», écrit-il depuis les Etats-Unis.

En 2015, la société projetait aussi de commercialiser une tablette. Sur ce point, nous n’avons pas obtenu de confirmation.

Lire aussi: Avec son Blackphone 2, la société genevoise Silent Circle veut détrôner BlackBerry (03.03.2015)

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