«Pour la première fois, les Chinois ont perdu le contrôle sur la bourse»

Finance Fabrizio Quirighetti craint l’éclatement d’une bulle

La bourse chinoise inquiète le monde de la finance. Après avoir gagné près de 150% en un an, l’indice de Shanghai a chuté de 30% depuis le 12 juin. Mardi, il a connu une nouvelle baisse de 1,68% alors qu’il avait déjà dégringolé de 8,48% la veille. Fabrizio Quirighetti, chef des investissements à la banque Syz, fait le point sur la situation.

Le Temps: Il y a un an, lors d’un débat organisé par notre journal, vous aviez affirmé que la Chine représentait le plus gros danger pour l’économie mondiale. Pourquoi?

Fabrizio Quirighetti: La Chine est en train de vivre en accéléré ce que nous avons vécu sur les trente dernières années. La bulle sur les actions américaines a mis six ans à éclater. En Chine, il n’a fallu que six mois.

– Avec ses mesures de soutien aux actions, le gouvernement chinois ne se contente-t-il pas de retarder l’échéance?

– Oui, la bulle chinoise doit éclater tôt ou tard. Pour la première fois, le régulateur semble avoir perdu le contrôle. Des mesures sont mises en place afin d’amortir la chute mais la dégringolade repart le lendemain. Le système a toujours été très opaque mais, jusqu’à présent, les autorités étaient toujours parvenues à convaincre de leur capacité à dégonfler, à leur rythme, les exagérations ou frénésies tant économiques que financières.

– A entendre le récit des mesures prises par les autorités chinoises (interdiction de vente des titres, gel des IPO, etc.), on a l’impression que le marché est complètement manipulé par les autorités…

– Le marché chinois est, au contraire, incontrôlable en raison du manque de diversité des investisseurs. Il n’y a pas de base constituée d’assureurs ou de caisses de pension, comme en Suisse, qui tiennent leurs positions. En Chine, la bourse est faite de petits porteurs, souvent avec du levier, qui vendent dès que les titres descendent.

– Faut-il s’attendre à une propagation mondiale?

– Les marchés européens ne sont pas directement exposés aux actifs chinois [seuls 5% des capitaux de Shanghai sont détenus hors de Chine]. Mais un krach de la bourse chinoise aurait des effets sur l’économie chinoise qui à son tour affecterait l’économie mondiale. Il y a fort à parier que, une fois en récession, les Chinois utiliseront aussi l’outil de l’assouplissement quantitatif, faisant souffler un vent de déflation sur l’économie mondiale.