Il faudra patienter encore plus de quatre mois pour tester la nouvelle solution suisse de paiement via smartphone. Jeudi, les promoteurs de Twint ont annoncé que l’application pour téléphone devrait être disponible en avril. Issue de la fusion avec l’autre solution suisse Paymit, elle fera face à Apple Pay, disponible depuis début juillet 2016 en Suisse. Twint devra aussi convaincre des consommateurs encore adeptes des paiements par cash.

Lors d’une conférence jeudi à Berne, les promoteurs de Twint ont vanté les fonctions à venir de l’application: paiement dans des milliers de magasins, regroupement des cartes de fidélité numériques, versement d’argent entre amis… Mais pourquoi un lancement en avril 2017, alors que les négociations entre Twint et Paymit ont démarré en mars 2016? «En réalité, nous allons très vite: fusionner ces deux services aurait dû prendre trois ans, nous le ferons en moins d’un an», affirme Thierry Kneissler, responsable de Twint. Il affirme aussi avoir été dépassé par la demande. «Plus de 30 banques ont demandé à faire partie du projet, cela demande un travail de synergie considérable. Et cela sera bénéfique au client», poursuit-il.

250 000 transactions par mois

A l’origine, l’application Paymit était soutenue surtout par UBS, SIX et Swisscom, Twint étant développée par Postfinance et Coop. Les deux solutions sont toujours en fonction – elles ont été téléchargées par 550 000 Suisses, qui effectuent actuellement 250 000 transactions par mois. Mais les deux systèmes, très proches, ont des limites et certaines opérations sont compliquées. «En avril, il sera possible, lors d’un achat, de débiter directement son compte, que vous soyez client de Credit Suisse ou de la BCV», assure Thierry Kneissler.

Pour se démarquer d’Apple Pay, Twint mise aussi beaucoup sur les cartes de fidélité et les coupons numériques que les commerçants inséreront dans l’application. Mais le service risque fort de faire doublon avec les applications de Migros et de Coop, par exemple. «Bien sûr, il y aura des similarités, reconnaît Thierry Kneissler. Mais le client aura l’avantage de voir tous ces services regroupés au sein de Twint». Et quid des commerçants qui ne seront pas équipés de terminaux de lecture Twint? «Certains lecteurs de cartes, distribués notamment par SIX, sont déjà compatibles avec Twint. Je ne me fais pas de souci», assure le responsable.

L’ennemi, le cash

Thierry Kneissler le reconnaît sans peine, le principal concurrent de Twint demeurera le cash, encore très prisé des consommateurs suisses. «Bien sûr, il faudra du temps pour que le paiement par mobile soit adopté. Mais selon un sondage que nous avons commandé, 60% des Suisses sont intéressés à le tester. C’est encourageant.»

Cet optimisme est-il justifié? Chercheur à l’Université de Saint-Gall et spécialisé dans les paiements mobiles, Tobias Trütsch est prudent. Contacté jeudi, il affirme qu’«il faudra beaucoup de temps avant que ces solutions ne percent. Il faut que les consommateurs soient persuadés d’installer ces applications, ensuite de les utiliser. Comme le cash est encore roi, il faut être patient». 

Selon ses estimations, seul 1% des paiements, dans les magasins, sont aujourd’hui effectués sans contact, via un smartphone ou une carte. Et selon Tobias Trütsch, Twint a ses chances: «La nouvelle application sera complète et les coupons de réduction me semblent intéressants. On peut aussi imaginer que Twint serve à faire, ensuite, ses achats via Internet, un marché prometteur».

Apple Pay a ses limites

Selon le spécialiste, le retard pris sur Apple Pay n’est pas rédhibitoire. «Il ne faut pas oublier que ce service n’est disponible que sur les iPhone récents et que peu d’émetteurs de cartes de crédit le proposent. Par contre, Apple Pay a l’avantage de pouvoir être utilisé à l’étranger, ce que ne propose pas encore Twint», conclut Tobias Trütsch.


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