Ce 6 octobre 2020 est une date qui comptera dans l’histoire des géants de la tech. Une date historique, déjà, et quoi qu’il advienne plus tard. Jamais les méfaits de Google, Facebook, Apple et Amazon n’avaient été listés de manière aussi précise et aussi crue que la Chambre des représentants vient de le faire. Les Etats-Unis prendront-ils des mesures? C’est encore à voir. Mais le simple fait de détailler, dans un rapport de 449 pages, les pratiques déloyales des géants de la tech est d’ores et déjà un événement considérable.

Lire aussi l'article lié: Les GAFA face à un réquisitoire historique

Bien sûr, ce rapport publié dans la nuit de mardi à mercredi est partisan: signé uniquement par des élus démocrates, il n’a aucune portée coercitive. Les démocrates ne détiennent – pour l’heure – aucun levier majeur du pouvoir. Mais leur rapport est un signal d’alarme pour les géants de la tech: Google et Amazon avaient l’habitude d’être chatouillés par des enquêtes émanant de Bruxelles. Désormais, la menace d’une régulation provient de Washington même.

Les consommateurs ont tout à gagner d’un encadrement de ces multinationales. Mais seules des mesures équilibrées, cohérentes et justes parviendront à augmenter la compétition et à augmenter le bien-être commun. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: la plupart des géants de la tech sont devenus si grands que certaines de leurs plateformes s’assimilent à du service quasi public.

Alors, que faire? L’idée d’empêcher le rachat de start-up par ces multinationales, accusées de tuer la concurrence, semble irréaliste. Autant renoncer à l’économie de marché, ce qui ne semble guère à l’ordre du jour des deux côtés de l’Atlantique. La proposition de couper en morceaux certains géants – et ainsi de séparer YouTube de Google, ou Facebook de WhatsApp ou Instagram – n’est pas non plus la mesure la plus apte à accroître la concurrence.

Lire également l'article lié: Twitter, des blocages sans explication en Suisse

Non, ce qu’il faut avant tout, ce sont des règles équitables sur les plateformes mondiales qu’ont créées ces sociétés. Comment accepter que Google favorise ses propres services, comme Shopping, via son moteur de recherche censé être neutre? Pourquoi laisser Amazon changer sans cesse ses règles, auxquelles sont soumis les millions de vendeurs qui dépendent de lui? Toutes ces plateformes, du système iOS pour iPhone à Facebook, de YouTube à Android, sont devenues si puissantes qu’un minimum d’encadrement et de régulation sont aujourd’hui nécessaires. Car pour leurs propriétaires, la tentation d’abuser de leur pouvoir est devenue bien trop forte.