Les syndicats français en lutte contre le projet de réforme des retraites sont les meilleurs avocats du télétravail. Alors qu’en France, le nombre officiel de télétravailleurs réguliers – accomplissant souvent leur tâche à distance sur leur ordinateur relié sur internet – se situe d’ordinaire autour de 20% dans les entreprises, les grèves à répétition depuis le 5 décembre ont fait prendre l’ascenseur à cette formule.

A Paris, jusqu’à 40% des salariés du secteur de la banque et de l’assurance sont restés chez eux entre un et trois jours depuis le début des arrêts de travail dans les transports en commun, selon une enquête récente de la Fédération française de l’assurance pour le mois de décembre. «Les grèves de ces dernières semaines ont montré que la pratique du télétravail va continuer à s’étendre, explique dans le magazine économique français Challenges le patron d’un éditeur de logiciels, Patrick Brennan. Les nouveaux lieux prisés par les travailleurs à distance deviennent des extensions du cadre professionnel.»

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Sourire

Du côté du Mouvement des entreprises de France (Medef), le patronat français, cette conséquence de la colère sociale fait sourire. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, avait demandé à ses adhérents, dès la fin novembre, «d’être compréhensifs avec leurs salariés et de faciliter le recours au télétravail», tout en précisant que cette solution «ne répond pas à tout le monde». Or cette précaution a accouché d’une réalité, en particulier en banlieue parisienne. «De plus en plus d’entrepreneurs nous disent avoir découvert, grâce aux grèves, de nouvelles façons de fonctionner, raconte, au siège de l’organisation patronale, un de ses responsables. Les syndicats, par leur jusqu’au-boutisme, conduisent ironiquement à lever des verrous sociaux.»

Le télétravail est une réalité déjà ancrée en France. 29% de l’effectif des entreprises de plus de dix salariés, soit 5,2 millions de personnes (dont 51% sont des cadres), affirment «le pratiquer régulièrement», selon une étude publiée voici un an par le groupe de protection sociale Malakoff Médéric Humanis.

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Coïncidence symbolique: l’effet «grèves» va donc dans le sens de la flexibilité accrue du marché du travail mise en œuvre dès le début de son quinquennat par Emmanuel Macron. Adoptée en septembre 2018, la loi sur le renforcement du dialogue social a ainsi rendu plus facile le recours au télétravail, puisque l’employeur et l’employé peuvent désormais se mettre d’accord par oral ou par un simple e-mail. La rédaction d’un avenant au contrat de travail n’est donc plus nécessaire.

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Plus d'espaces de coworking

Restent toutefois des questions sans réponse: l’entreprise, au-delà d’un certain nombre de jours de télétravail, doit-elle participer à certains frais occasionnés (électricité, utilisation de l’ordinateur personnel…)? Le conflit social ouvert le 5 décembre 2019 sur les retraites pose en tout cas de vraies questions. Pour preuve: la task force clients constituée autour du patron de la SNCF Jean-Pierre Farandou vient de proposer que davantage d’espaces de coworking soient créés à l’avenir dans les gares, pour permettre aux travailleurs en panne de trains de se connecter. Une mesure qui ne pourra pas faire oublier le coût des grèves, estimé à 1 milliard d’euros pour l’entreprise.

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