Incertitudes

Face aux risques géopolitiques, les marchés financiers ne s’affolent pas

Les frappes américaines en Syrie, les tensions au large de la péninsule coréenne et même l’éventualité d’un Jean-Luc Mélenchon se retrouvant au 2e tour des présidentielles françaises augmentent la volatilité. Les analystes demandent toutefois de ne pas céder à la panique

Les analystes ont les yeux rivés sur l’indice VIX, indicateur de volatilité du marché financier américain, mais qui rejaillit largement sur les sentiments des investisseurs mondiaux. Depuis le début de la semaine, il évolue en hausse, atteignant 15,41 points mercredi.

Et pour cause. D’une part, les incertitudes géopolitiques provoquées par les frappes aériennes américaines contre la Syrie jeudi 6 avril, ce qui a aliéné les relations déjà tendues entre Washington et Moscou. D’autre part, les tensions près de la péninsule coréenne, d’où la marine américaine se dit prête à répondre aux provocations de la Corée du Nord. Par-dessus tout, la perspective inattendue d’un deuxième tour des présidentielles françaises entre les deux extrêmes – Marine Le Pen contre Jean-Luc Mélenchon.

Du coup, le cours de l’or et celui du pétrole brut grimpent depuis lundi. Le franc suisse, valeur refuge, résiste – la Banque nationale suisse (BNS) se tient prête à contrer toute appréciation excessive. Parallèlement, les taux de rendement des obligations baissent. Les principales places financières font du surplace. Mercredi, le Dow Jones et le Nasdaq ont ouvert dans le rouge.

Garde-fou contre les extrêmes

Marie Owens Thomsen ne veut toutefois pas s’inquiéter outre mesure: «L’indice VIX est certes en hausse, mais nous sommes loin de la situation qui prévalait en 2008-2009 lorsqu’il frôlait les 90 points, explique la cheffe économiste de la banque Indosuez Wealth Management à Genève. Aux Etats-Unis, la banque Lehmann venait de faire faillite et l’économie mondiale s’assombrissait dans une profonde crise.»

Selon elle, les élections présidentielles françaises, puis les législatives – à deux tours, les 11 et 18 juin – constituent une sorte de garde-fou contre les extrêmes. «Il n’est, à ce stade, pas concevable que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon puisse commander une majorité parlementaire pour mettre en œuvre leur programme», explique-t-elle. Marie Owens Thomsen donne l’exemple de Donald Trump, le président américain-surprise, qui peine à appliquer le sien alors même que les Républicains sont majoritaires tant au Congrès qu’au Sénat.

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«Il est évident que les marchés montrent une certaine volatilité par rapport à l’issue électorale en France, explique Gero Jung, chef économiste de la banque Mirabaud. Mais selon nous, la probabilité d’une victoire de l’un ou l’autre candidat non conventionnel ne dépasse pas une faible 20%.» Et d’ajouter: «Notre propre position action est neutre, mais nous recommandons aux investisseurs de se protéger en achetant des options contre une éventuelle surprise.»

Le pétrole à 55-56 dollars le baril

Tant Marie Owens Thomsen que Gero Jung ne sont pas inquiets non plus du pourrissement de la situation géopolitique par rapport à la Syrie et au Corée du Nord. «Le prix du pétrole a augmenté ces jours à 55-56 dollars le baril, dit ce dernier. Mais en même temps, ce n’est pas encore une hausse extrême et surtout, elle ne risque pas, à ce stade, de faire dérailler la reprise en cours.»

Selon lui, en donnant un avertissement crédible à la Syrie de Bachar el-Assad, le président américain s’est montré déterminé dans ses intentions, ouvrant ainsi la voie à d’éventuels pourparlers entre les multiples acteurs du drame syrien.

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Par rapport à la Corée du Nord, Gero Jung estime que l’alliance Etats-Unis – Japon fonctionne bien et constitue une force de dissuasion pour éviter l’escalade. «La Chine et la Corée du Sud se mobilisent aussi dans le même sens, privilégiant une solution diplomatique à une déflagration», explique Marie Owens Thomsen.

Pas de risque de déflagration générale

Selon l’économiste en cheffe d’Indosuez Wealth Management, d’autres facteurs font planer l’incertitude sur les marchés financiers. Notamment le Moyen-Orient, le Yemen, les résultats du référendum en Turquie dimanche prochain ou encore l’axe Russie-Turquie-Iran-Syrie. Marie Owens Thomsen ne croit toutefois pas qu’on se trouve à la veille d’une déflagration générale.

Optimiste, mais prudente. La banque IndoSuez Wealth Management recommande aux investisseurs d’adopter une attitude défensive, c’est-à-dire d’avoir un minimum d’or dans leur portefeuille ainsi que des obligations et des actions liées à la Suisse, la Norvège et la Suède, trois pays jugés ultrasûrs. Défiante à l’égard de la Banque nationale suisse qui se dit prête à intervenir contre toute appréciation excessive de la monnaie suisse, Marie Owens Thomsen recommanderait même le franc aux investisseurs.

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