Relance

Face au Brexit, le Royaume-Uni laisse filer les déficits

Le gouvernement britannique va emprunter 150 milliards de francs supplémentaires d’ici 2021

Ce n’est pas à proprement parler un budget de relance. Mais après des années où l’austérité était le mot d’ordre, le gouvernement britannique a nettement changé de ton lors de la présentation de son budget annuel ce mercredi. Face au ralentissement attendu de la croissance l’année prochaine à cause du vote en faveur du Brexit, il a décidé de laisser filer les déficits et d’injecter quelques milliards supplémentaires dans de grands travaux.

Résultat, sur cinq ans, le Trésor britannique prévoit d’emprunter 122 milliards de livres (153 milliards de francs) de plus que les prévisions réalisées avant le référendum. Ce chiffre est cependant moins spectaculaire qu’il n’y paraît: au total, sur la période, cela revient à une augmentation du déficit de 1,1% du PIB.

Discipline budgétaire quand même

Politiquement, dans un pays qui a voté à deux reprises (en 2010 et en 2015) pour un gouvernement qui promettait l’austérité, il n’est pas question de reconnaître un quelconque virage économique. Avec son ton sobre, sans fioriture, Philip Hammond, le nouveau chancelier de l’Echiquier, l’a répété devant la chambre des communes: «nous maintenons notre engagement envers la discipline budgétaire.»

Sur le fond, il a d’ailleurs raison: certaines coupes, déjà annoncées mais entrant en vigueur dans les années à venir, vont se concrétiser. Les allocations sociales en particulier vont continuer à être réduites.

Mais la réalité économique a changé. Si la croissance ne s’est pas effondrée – elle est prévue à 2,1% cette année – elle devrait ralentir l’année prochaine. La prévision officielle du gouvernement est de 1,4% pour 2017. Deux phénomènes devraient jouer.

Net ralentissement de la croissance

Face aux incertitudes du Brexit, les investissements des entreprises devraient ralentir. Par ailleurs, la chute de la livre sterling de près de 20% va renchérir les importations, ce qui va augmenter les prix dans les magasins. Le pouvoir d’achat des ménages s’en trouvera diminué d’autant.

Certes, cela reste une croissance raisonnable. «C’est équivalent à […] celle de l’Allemagne et plus que […] la France et l’Italie», claironne Philip Hammond. Mais cela reste un net ralentissement, ce qui réduit mécaniquement les recettes fiscales à venir.

Dans un tel contexte, le gouvernement de Theresa May a choisi de ne pas réagir. Il laisse le déficit atteindre 2,9% du PIB l’année prochaine (avril 2017 à mars 2018) au lieu de 2% prévus initialement. Quant à l’objectif d’équilibrer les comptes publics dès 2019, il est enterré. C’est repoussé «dès que possible» lors de la première moitié des années 2020.

Hausse de la dette

La conséquence logique de cette politique est une hausse de la dette, qui doit culminer à 90% du PIB l’année prochaine. «Quand les circonstances changent, on doit changer aussi», résume Simon Kirby, secrétaire d’Etat au Trésor.

A cette décision de laisser filer les déficits, Londres a décidé d’ajouter un – léger – plan de dépenses dans les infrastructures. De l’aide à des projets d’infrastructure dans les transports, à la construction immobilière et au développement de l’internet haut débit a été annoncée. Le tout doit représenter une enveloppe de 23 milliards de livres (29 milliards de francs) sur cinq ans.

Pour l’opposition, cet effort ne va cependant pas assez loin. «Nous faisons face au Brexit mal préparé et nous attendions un changement de direction», regrette John McDonnell, le chancelier de l’Echiquier «fantôme» du parti travailliste. A la place, il a fait la liste des coupes à venir dans les allocations pour les familles pauvres et les handicapés. «C’est scandaleux», conclut-il.

Publicité