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Face à la cherté du franc suisse, Sylvac a su réagir

L’entreprise, spécialisée dans le développement d’instruments de mesure numériques, exporte 85% de sa production. Elle est présente dans 55 pays

Majestueuse et lumineuse, l’usine Sylvac à Mallery-Bévilard (Jura bernois) trône dans un écrin de verdure. Dans ce nouvel espace, inauguré en 2014 et bénéficiant du soutien financier du canton de Berne, les employés de cette entreprise familiale développent toutes sortes d’instruments de mesure numériques. Utilisés dans les domaines de l’horlogerie, l’aéronautique, l’automobile ou la connectique, ils permettent de mesurer avec une grande précision la longueur ou le diamètre de pièces. L’entreprise s’est surtout fait connaître pour ses pieds à coulisse munis de deux becs, dont le plus grand du monde est inscrit au Guiness Book.

«Avec l’industrie 4.0, la métrologie sera intelligente»

Si les pieds à coulisses ont bâti la renommée de Sylvac, la PME doit aussi sa notoriété aux comparateurs numériques qui permettent de mesurer des hauteurs. La société, née en 1969, présente chaque année trois à quatre produits novateurs. D’ici la fin de l’année, elle prévoit de commercialiser une nouvelle machine optique capable d’effectuer instantanément des mesures sans contact de pièces cylindriques. Prix de l’appareil: 50 000 francs.

«Nous avons déjà reçu deux commandes du plus grand fournisseur de vis en Allemagne», se réjouit Eric Schnyder, directeur de l’entreprise qui souhaite désormais également proposer des solutions pour travailler en solution fermée. «Avec l’industrie 4.0, la métrologie sera intelligente. Les machines pourront mesurer, analyser et agir», affirme Eric Schnyder dont la société a développé un prototype capable, après analyse des pièces usinées, de transmettre l’information à la machine et d’apporter les corrections nécessaires.

Présente dans cinquante pays

Mélange de savoir-faire en électronique, mécanique et métrologie, les produits de Sylvac sont commercialisés à travers le monde. La PME réalise un chiffre d’affaires relativement stable de 21 millions de francs, et cela malgré l’abandon du taux plancher avec l’euro en janvier 2015. En 2016, le chiffre d’affaires devrait progresser à 23, voire 24 millions de francs. «Nous sommes toutefois moins compétitifs que les concurrents. Pour remédier à la hausse du franc, nous avons dû gérer nos dépenses, améliorer nos procédés de fabrication et augmenter notre productivité», précise Eric Schnyder. L’entreprise a réussi à compenser la baisse des carnets de commandes en Europe en développant de nouveaux marchés.

Sylvac est désormais présente dans cinquante pays à travers un réseau d’agents. Environ 85% de la production est exportée, principalement en Allemagne (40%), suivi par la Chine/Taiwan (8%) et les Etats-Unis (6%). L’entreprise est également bien implantée en Thaïlande et en Inde.

Oncles, cousins et petits cousins

L’entreprise Schnyder a fusionné en 2006 avec son client quasi exclusif, l’entreprise Sylvac à Crissier. Le groupe, né de cette fusion, appartient aux familles Schnyder, Liechti et Meyer, une «dynastie» d’entrepreneurs en microtechnique. Si Eric Schnyder, un ingénieur formé à la Haute école d’ingénieur de St-Imier, dirige et préside l’entité, son frère, Jacques Schnyder, est responsable de la production. Oncles, cousins, petits cousins sont aussi présents dans l’entreprise, née en 1969. «Nous avons de la chance. Les rapports familiaux se passent bien», affirme Eric Schnyder, un représentant de la 3ème génération.

Reste que Sylvac est active sur un marché de niche et doit affronter une concurrence de taille. L’entreprise détient seulement 5% du marché mondial alors que son principal concurrent, le japonais Mitutoyo, possède près de 50% du secteur. Des entreprises comme Trimos à Renens (VD) ou Tesa, également à Renens, sont aussi actives dans le secteur des instruments de mesure. «Tesa est un partenaire plus qu’un concurrent», dit Eric Schnyder qui souhaiterait que les PME actives dans son domaine collaborent davantage pour mieux affronter la concurrence internationale.

Cherté du franc suisse pénalisante

Sylvac cherche à accroître ses ventes de 2,5% par année et vise un taux d’EBITDA de 8% en moyenne. «La cherté du franc et le coût de la vie en Suisse figurent parmi les plus grandes difficultés de l’entreprise», dit Eric Schnyder qui dit avoir beaucoup de projets passionnants en tête. «Je ne peux pas tous les réaliser. Sylvac doit progresser mais de façon contrôlée.»

En moins de dix ans, l’entreprise a doublé ses effectifs. Actuellement, 160 personnes travaillent pour Sylvac, dont 75 à Mallery-Bévilard, un site de production spécialisé dans la microtechnique, 55 à Crissier, où se trouve le siège de l’entreprise. Enfin 30 personnes sont aussi actives en Chine, un site principalement destiné au pré-assemblage des composants. «Nos employés restent fidèles à notre entreprise», se réjouit Eric Schnyder qui de son côté n’a jamais licencié, même après la crise de 2008.


Les PME à l’honneur

Le concours organisé par le Swiss Venture Club récompense une PME qui s’inscrit dans la pérennité. Après une sélection de plus d’une année et la visite de six entreprises, le jury – composé d’une quinzaine de personnalités de l’économie romande –, auquel participe Le Temps, a établi un classement qui sera révélé le mercredi 9 novembre au SwissTech Convention Center.

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