La Suisse ne dépend pas totalement de la Chine et de l’international face à la pandémie. De nombreuses usines alémaniques tournent à plein régime, dans des conditions souvent difficiles et des secteurs bigarrés. Les appareils d’assistance respiratoire sont ainsi quasiment une spécialité nationale. Le poids lourd du secteur, le groupe Hamilton Medical, a doublé la production de ces appareils conçus dans son usine grisonne de Bonaduz.

«Nous prévoyons de doubler une nouvelle fois notre production dans les prochaines semaines», indique son directeur marketing, Alexander Sasha Starcevic. Le groupe, qui emploie 500 personnes, exporte ses machines dans 113 pays. Avec près d’un cinquième des ventes mondiales, Hamilton Medical domine le secteur aux côtés du suédois Getinge et de l’allemand Draeger, tous deux présents en Suisse. De nombreuses PME s’activent dans leur sillage, et souvent elles sont suisses. L’association Swiss-Medtech en recense cinq autres, toutes outre-Sarine, dans des marchés de niche ou complémentaires. Celles qui nous ont répondu font état d’une demande stable. Le groupe allemand, Löwenstein Medical, présent en Argovie, vient de recevoir une grosse commande en mars.

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Prix de l’éthanol en hausse

Les produits désinfectants? La plupart des pharmacies les fabriquent désormais elles-mêmes. Elles peuvent utiliser la recette fournie à l’OMS par les HUG. La pharmacie des HUG, où ce produit a été inventé par le professeur Didier Pittet et le pharmacien William Griffiths, s’est aussi remise à en fabriquer: l’hôpital cantonal, qui utilisait 600 litres de cette solution hydroalcoolique (SHA) par semaine en 2019, en consomme désormais 2000 litres tous les sept jours. Si les officines produisent leur SHA intra muros, c’est que B-Braun, le fabricant d’Hopirub et d’Hopigel – des marques utilisées notamment aux HUG – est débordé, même si son usine à Sempach (LU) tourne à plein régime.

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La demande est telle que le prix de l’éthanol s’est élevé. Le directeur du fournisseur suisse en la matière Alcosuisse, Franz Christ, se veut rassurant: il n’y aura pas de pénurie – Alcosuisse recense des fournisseurs dans une trentaine de pays – mais les délais de livraison s’allongent. L’éthanol est fait à partir de betteraves, de cannes à sucre et de pommes de terre notamment.

Les masques hygiéniques? Pas produits en Suisse, ou pas encore. Deux entreprises alémaniques envisagent d’en produire: l’argovienne Wernli et Flawa Consumer à Saint-Gall. Felix Schönle, patron de la première, a investi dans l’achat d’une machine et espère lancer la production en avril. On lui a déjà commandé plus d’un million de masques. Les modèles actuellement sur le marché viennent surtout de Chine et la livraison a souvent été interrompue.

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Il y a les appareils de diagnostic de Roche, construits à Rotkreuz (ZH). Le groupe rhénan prévoit aussi de livrer 8,5 millions de tests, complémentaires à ces machines, chaque mois. «Les usines de Roche tournent 24 heures sur 24 et Roche entend livrer ses tests dans tous les pays où ça sera nécessaire», selon un porte-parole.

Obstacles logistiques

Il faudra pour cela composer avec les obstacles logistiques, nombreux avec la fermeture des frontières, les chaînes d’approvisionnement obstruées et la main-d’œuvre manquante. Les producteurs suisses sont confrontés à de tels problèmes logistiques, quand bien même leurs carnets de commandes pourraient être remplis, relèvent les porte-parole de Swissmem et de Swiss medtech, deux faîtières du secteur des machines.

Hamilton Medical peine ainsi à recruter des forces pour son usine, et doit puiser dans son personnel actif dans d’autres départements. «Actuellement, il n’y a pas de pénurie, mais ça pourrait bien être le cas dans un futur proche», conclut Alexander Sasha Starcevic. «Nous avons des fournisseurs en Asie.»