Les abondantes chutes de neige de ces derniers jours ont soulagé les professionnels suisses du tourisme. «A l’approche de Carnaval et des vacances de février, nous avons de 40 à 50 cm de neige fraîche à moyenne altitude et 30 cm à 900 mètres», se réjouit Simon Wiget, directeur d’Anniviers Tourisme.

Fin décembre, le faible enneigement avait alerté l’Association des remontées mécaniques suisses, qui avait fait part d’une baisse du chiffre d’affaires par rapport à 2013, pour la période de début de la saison d’hiver, «de 28,2% pour les premiers passages» et «de 12,9% pour les transports». Des signaux positifs ont cependant été observés début janvier, grâce à de fortes précipitations, confirmées la semaine écoulée.

Ralentissementdes réservations

Mais l’abandon, le 15 janvier, du cours plancher du franc a jeté un nouveau froid dans les stations. Un ralentissement des réservations en provenance de l’Europe a été constaté et Suisse Tourisme redoute une importante baisse des nuitées si la parité entre l’euro et le franc se maintient. Interrogé par la NZZ am Sonntag peu après la décision de la BNS, le président du gouvernement valaisan, Jean-Michel Cina, s’est dit «consterné et en colère». Mais, tant dans le Jura que dans les Alpes vaudoises et le Valais, les stations indiquent ne pas vouloir réagir dans l’urgence et éviter toute décision intempestive.

Une première mesure a été de relancer les campagnes publicitaires à l’exemple d’Anniviers Tourisme, qui s’apprête à lancer «un plan marketing différent».

Mais il n’est, pour l’heure, nullement question de casser les prix «parce que les coûts d’exploitation, eux, demeurent inchangés et qu’il faut continuer à verser les salaires», dit Jean-Paul Jotterand, directeur de TéléDiablerets et président de l’Association des remontées mécaniques des Alpes vaudoises.

Dans le Val d’Anniviers, fréquenté à 50% par une clientèle étrangère essentiellement belge, néerlandaise et anglaise, aucune série d’annulations n’a été enregistrée. «Les séjours de février sont déjà payés.

Par contre, nous nous attendons à une baisse des consommations dans les bars, restaurants et boutiques de souvenirs», souligne Simon Wiget.

Damian Constantin, directeur de Valais/Wallis Promotion, confirme: «Pour février, les risques sont limités, parce que les réservations sont effectuées très à l’avance et que nous avons affaire à une clientèle fidèle. De plus, nous bénéficions enfin d’un très bon enneigement.» Il poursuit: «Mais, si d’ici Pâques, le cours du franc demeure inchangé, des mesures devront être prises pour que nos hôtes allemands, anglais et du Benelux ne se rendent pas en Italie, en Autriche ou en France.»

Les stations de montagne formulent davantage de craintes pour la période estivale. «On y pense déjà, relève Damian Constantin. Un plan d’action va être arrêté avec tous les partenaires. Chacun travaille encore trop dans son coin, le franc fort peut être une chance pour repenser les choses et réfléchir à de nouveaux modèles économiques.»

Le domaine suisse des Portes-du-Soleil n’a, de son côté, pas tergiversé après la fin du taux plancher. Pour rester concurrentiels avec les stations françaises voisines, les exploitants ont vite adapté leurs prix.

«Avec la météo, le taux de change est notre autre indicateur. Nous avons réduit de 15% les tarifs de nos remontées mécaniques. L’hébergement doit lui aussi s’aligner», indique Thierry Monnet, responsable de la communication à l’Office du tourisme de Champéry.

Une réduction qui n’enthousiasme guère les stations des Alpes vaudoises, concurrentes des Portes-du-Soleil, mais celles-ci disent néanmoins comprendre «les soldes». «La proximité de la France ne leur laisse pas le choix, la baisse des prix est ailleurs surtout effective en secteur français», précise Jean-Paul Jotterand.

«Baisses justifiées»

Michel Girard, le responsable commercial des remontées mécaniques de Châtel, en Haute-Savoie, admet lui-même que les baisses en Suisse sont justifiées: «Un groupement interprofessionnel suisse et français régit le fonctionnement des Portes-du-Soleil, nous nous concertons avec intelligence, dans l’intérêt de tous. Nous avons la même clientèle allemande, anglaise, néerlandaise, suisse et française.» Samedi dernier, un nouveau télésiège reliant Super-Châtel au Linga a été inauguré, «preuve supplémentaire que les Portes-du-Soleil se portent bien».