Le terminal «low-cost» (le T2), promis par l'Aéroport International de Genève (AIG) pour novembre 2005, n'entrera pas en service à la date prévue. La bataille engagée par Air France retarde sa réalisation. Et la volonté du transporteur français, qui estime ce projet discriminatoire, ne s'essouffle pas. C'est le message délivré vendredi à Genève par Etienne Rachou, directeur général d'Air France pour l'Europe et l'Afrique du Nord.

Si la compagnie ne recourra pas auprès du Tribunal fédéral après la décision rendue en sa défaveur par la justice genevoise (LT du 08.01.05), elle multiplie les voies d'opposition: consultation en cours auprès de l'Office fédéral de l'aviation civile, saisie probable de la Commission de la concurrence, courrier au Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (Detec). Face à ces initiatives, il n'est plus envisageable d'ouvrir le T2 en novembre 2005. «Nous aurons une année de retard, estime Philippe Roy, porte-parole de l'AIG. Nous devrions être prêts au mieux à la fin de l'été 2006.» EasyJet, qui devrait occuper en grande partie ce terminal, ne s'inquiète pas pour l'instant de ce report. «Nous avons un ferme espoir pour l'été 2006», confie Philippe Vignon, directeur du marketing auprès d'EasyJet Suisse.

L'opposition d'Air France n'implique aucun manque à gagner, selon l'AIG. Elle freine cependant les projets d'expansion de l'aéroport. Lequel ne cesse de gagner des passagers. Si l'on excepte l'année 2001, marquée par les attentats du 11 septembre, l'AIG a connu une croissance ininterrompue depuis 1997. Et la sous-traitance, suggérée mardi par Swiss, voire la suppression de liaisons déficitaires au départ de Genève n'inquiète pas.

L'aéroport genevois est aujourd'hui indépendant de la compagnie nationale (18,3% de parts de marché en 2004). Il s'est remis du choc d'avril 1996. La défunte Swissair, qui détenait alors plus de 50% du marché avec Crossair, décidait de retirer la plupart de ses vols long-courriers au départ de Genève. Dix-huit destinations, en grande partie en Afrique, disparaissaient. Le nombre annuel de passagers tombait à 6,16 millions en 1997. Pendant ce temps, l'Aéroport de Zurich continuait de croître pour atteindre 22,6 millions de passagers à son apogée en 2000.

Près de neuf millions de passagers

Les courbes se sont inversées depuis. «En accueillant EasyJet (arrivé en 1998, nldr), nous avons pris un pari sur un nouveau type de transport. Nous savions que le modèle avait réussi aux Etats-Unis. Qu'il commençait à prendre en Grande-Bretagne. Internet n'était cependant pas aussi développé qu'aujourd'hui», analyse Philippe Roy. Pari gagné.

La compagnie orange est la première sur le tarmac genevois (2,011 millions de passagers soit 25,1% de parts de marché en 2004). Et la comparaison avec Zurich s'avère flatteuse. Si elle reste délicate – Kloten est le hub désigné de Swiss –, Genève ne fait pas pâle figure. Avec près de 8,6 millions de passagers en 2004 (+6,2%) pour une zone de chalandise de 2 millions de personnes, la plateforme genevoise tient son rang. Après soustraction des voyageurs en transit, Zurich compte 12,3 millions de passagers pour un bassin de population évalué entre 6 et 7 millions d'habitants.

Le conseiller fédéral en charge du Detec, Moritz Leuenberger, a souligné cette performance lors de l'inauguration de nouvelles salles d'embarquement frontal en décembre à Genève. Cointrin est un «surdoué» dans la famille de «l'aéronautique suisse», a-t-il affirmé. «C'est pour cette raison que je suis rarement à Genève. Comme dans chaque famille, on s'occupe plutôt des enfants difficiles», a-t-il glissé, faisant allusion aux problèmes de Zurich. L'Etat de Genève ne s'y est pas trompé. En proie à des difficultés financières, il n'a pas hésité, comme l'autorise la loi, à «rançonner» Cointrin. L'aéroport, qui verse chaque année la moitié de son bénéfice à l'Etat, redistribuera cette année deux tiers de son bénéfice (66,66%) à son actionnaire principal.

Doubler les capacités

Cette croissance se poursuivra-t-elle? Sur la base du nombre record de passagers (54 000) accueillis le 3 janvier 2004, Philippe Roy estime à 19 millions la capacité de l'aéroport. Son développement dépend pour l'heure de la mise en service du nouveau terminal. Son futur locataire, EasyJet, entend augmenter ses capacités. «Nous passerions de cinq à une dizaine d'avions», avance Philippe Vignon. La compagnie à bas coût doublerait son nombre de passagers à 4 millions. Cette présence renforcée irrite-t-elle son concurrent français? «Tout le monde a compris le petit jeu d'Air France», affirme Philippe Vignon. «De façon très hypocrite, l'AIG a ouvert à tous l'accès à un produit spécifique, fait sur mesure», répond Gilles Bordes-Pagès, directeur du développement d'Air France. La bataille administrative continue.