Gestion

Face à la gestion passive, la course à la grandeur des gérants d’actifs est lancée

Au Royaume-Uni, Aberdeen Asset Management et Standard Life fusionnent, créant le numéro deux européen dans la gestion d’actifs

C’est la naissance d’un géant, mais qui trahit de sérieuses difficultés. Lundi, Standard Life et Aberdeen Asset Management, deux sociétés de gestion d’actifs britanniques, ont annoncé leur fusion. Elles donnent naissance à la première entreprise de leur secteur au Royaume-Uni et à la deuxième d’Europe, avec 660 milliards de livres (820 milliards de francs) d’encours.

Standard Life, société écossaise créée en 1825 à Edimbourg, longtemps spécialisée dans l’assurance-vie, est la marque la plus connue du grand public. Elle va contrôler 66,7% du nouvel ensemble, dont le rapprochement se fait entièrement par échange d’actions.

Aberdeen AM est plus récente. Martin Gilbert, son actuel directeur général, l’a cofondée en 1983, et a construit son groupe avec quarante-cinq acquisitions en trois décennies. Il reste codirecteur du nouvel ensemble, à égalité avec Keith Skeoch, le directeur de Standard Life.

Hémorragie financière

Les deux groupes fusionnent pour tenter d’arrêter l’hémorragie financière qu’ils subissent. Sur les quinze derniers trimestres, Aberdeen AM a systématiquement connu un retrait net d’argent de ses investisseurs. Standard Life est un peu moins touchée, mais a également souffert d’une décollecte sur les trois derniers trimestres.

Les deux sociétés sont touchées par une crise qui secoue toute l’industrie de la gestion d’actifs. Leur spécialité, la gestion «active», a été chamboulée par la crise financière de 2008. Avec des marchés actions qui ont joué aux montagnes russes, et des taux d’intérêt quasiment à zéro – voire négatifs – il est devenu difficile d’afficher des rendements positifs.

Les investisseurs ont donc découvert le pot aux roses: les gérants grassement payés qui s’occupent de leur argent n’ont pas de recette miraculeuse, et ils sont souvent impuissants face aux secousses des marchés. Echaudés, ils ont cherché une alternative, qu’ils ont trouvée avec la gestion passive. Celle-ci consiste à simplement investir en suivant les indices boursiers, sans chercher à sélectionner les meilleures actions. L’avantage pour les investisseurs: c’est beaucoup moins cher. Au lieu de payer les gérants entre 1% et 2% de leurs avoirs, la gestion passive impose des frais autour de 0,5%, voire moins.

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Un outil symbolise ce changement majeur, les ETF (Exchange Traded Funds), des fonds côtés répliquant des indices, connaissent un succès phénoménal. En 2005, les ETF représentaient 450 milliards de dollars à travers le monde; aujourd’hui, leur importance a décuplé, à 4850 milliards de dollars, selon ETF GI, une société de consultants. Aux Etats-Unis, 40% du marché actions sont désormais détenus par de l’investissement passif.

Revenus sous pression constante

La gestion active a réagi en baissant ses prix. Le temps des gérants payés à prix d’or pour un rendement médiocre est révolu. Pour Standard Life et Aberdeen AM, ce chamboulement se traduit par une pression constante sur leurs revenus.

Pour ces deux sociétés qui ne font que de la gestion active, la réaction logique est donc de se lancer dans une course à la taille, pour tenter de dégager des synergies. Grâce à leur fusion, les deux groupes annoncent des économies de 200 millions de livres (250 millions de francs) par an. Elles vont mettre ensemble leurs plateformes informatiques, partager leur recherche, mutualiser leur réseau de distribution…

La presse britannique spécule sur la suppression d’un millier d’emplois, sur un total de neuf mille employés actuellement. Les deux groupes démentent ce chiffre, mais reconnaissent qu’il va y avoir des licenciements. «Dans le monde de la gestion d’actif, il faut être soit gros, soit petit, explique Martin Gilbert, le patron d’Aberdeen AM. Cette fusion nous rend plus gros, ce qui est bon pour nos clients.»

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