On s’attendait à un répit. Ce n’est pas le cas. Publiée mercredi, l’inflation aux Etats-Unis a affiché une hausse de 8,3% en rythme annuel pour le mois d’avril, soit à peine moins que le mois précédent (8,5%, le niveau le plus élevé depuis 1980). Mais davantage que les prévisions des économistes. Surtout, cela n’ôtera en rien le poids qui pèse sur les épaules des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine.

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Si on enlève les prix de l’énergie et les prix de l’alimentaire, la hausse est moins importante (6,2%), mais ce chiffre reste bien au-dessus de l’objectif de la banque centrale et montre bien que l’inflation s’est transmise dans de nombreux secteurs. Autre signal d’alarme, les coûts de l’emploi augmentent rapidement: au premier trimestre de cette année, comme au dernier de 2021, ils ont grimpé de 5%, soit davantage que les 3% considérés comme sains. Le taux de chômage, lui, est à un niveau historiquement bas, à 3,6%. La semaine dernière, Jerome Powell, le président de la Fed, avait même qualifié le marché du travail d'«extrêmement tendu», à un niveau «malsain».

Niveau «neutre»

La Fed reste donc sur la corde raide: elle doit agir pour freiner plus nettement cette envolée des prix qui a commencé l’automne dernier et qui menace de s’autoalimenter, mais elle doit s’assurer de ne pas provoquer une récession au passage. L’institution a déjà procédé à une hausse de taux de 25 points de base en mars, puis une nouvelle la semaine dernière de 50 points de base – ce qui n’était plus arrivé depuis 2000. Elle a pour l’instant promis encore deux tours de vis cette année pour amener le taux d’intérêt à un niveau dit «neutre», c’est-à-dire qui ne stimule ni ne ralentit l’économie.

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La semaine dernière, Jerome Powell ne disait plus viser un atterrissage en douceur (soft landing) de l’économie, mais un «softish» landing, qu’on pourrait traduire par un atterrissage relativement doux. Ce que cela signifie? Ce n’est pas très clair. Mais dans l’esprit de la banque centrale, ce n’est pas une récession.

Déjà fait

Va-t-elle y parvenir? L’économie américaine s’est déjà contractée de 1,4% au premier trimestre, mais cela s’explique par d’importantes importations et intervient après un dernier trimestre 2021 particulièrement dynamique (+6,9%). Les perspectives de l’économie mondiale se sont assombries: la guerre en Ukraine et les confinements en Chine vont affecter la croissance, mais promettent aussi d’autres goulets d’étranglement.

D’après un ancien gouverneur de la Fed, Alan Blinder, les exemples historiques sont néanmoins plutôt encourageants. Dans une étude qu’il a présentée en février dernier, il décortiquait les épisodes de forte inflation et les réponses données par la banque centrale entre 1965 et 2020. Il y en a eu 11, dont sept étaient des atterrissages «plutôt en douceur». Tout dépend de comment on définit précisément ce terme, mais la Fed l’a donc fait plusieurs fois et il semble qu’elle sera capable d’en orchestrer de nouveau à l’avenir, ajoutait-il.