Quatre jours après l'offre publique d'achat (OPA) lancée par la firme suédoise Hexagon, Leica Geosystems contre-attaque. Pour maintenir son indépendance, le fabricant saint-gallois d'instruments de mesure compte procéder à un vaste programme de rachat d'actions de 100 millions de francs. Cela correspond à environ 10% du capital-actions. «Nous comptons générer 300 millions de liquidités d'ici à 2009, sans les désinvestissements (ndlr: Leica Geosystems compte se séparer de sa division Métrologie). Il nous restera donc suffisamment d'argent pour effectuer de petites acquisitions», relève Hans Hess, patron de Leica Geosystems, lors de la conférence de presse de jeudi à Zurich.

Cette opération sera lancée dès le 5 août, soit au terme de l'offre de Hexagon. Pour que le programme de rachat d'actions se réalise, une condition est nécessaire: le groupe suédois devra échouer dans sa tentative de détenir 50,1% du capital-actions de Leica Geosystems.

Pour convaincre les actionnaires du groupe technologique de refuser l'offre de Hexagon, Hans Hess dénigre le prix de l'offre. «440 francs par action est clairement insuffisant et ne reflète pas le potentiel de croissance de Leica Geosystems. Les recherches d'analystes avancent un objectif de prix pouvant atteindre 500 francs par action», estime le patron. Michael Foeth, analyste chez Lombard Odier Darier Hentsch, considère lui aussi que le prix proposé par Hexagon est insuffisant. «Notre objectif de cours à douze mois est de 460 francs», indique-t-il.

Forte progression attendue

Pour appuyer son analyse, Hans Hess a présenté pour la première fois des estimations chiffrées jusqu'en 2009. Les ventes progresseront en moyenne de 10% par année. Quant à la marge avant intérêts, taxes et amortissements (EBITDA), elle devrait s'élever à 20% en 2009, contre 16,6% cette année. «Pour atteindre ces objectifs, nous comptons développer les secteurs des logiciels et des services. Ces divisions devraient générer un EBITDA de 27% en 2009», ajoute Hans Hess.

En dehors de ses objectifs financiers, le patron du groupe technologique a également souligné le manque de synergies avec Hexagon. Elles n'interviendraient qu'avec la division Métrologie, spécialisée dans la mesure de l'infiniment petit. Or, celle-ci ne représente que 10% du chiffre d'affaires global de Leica Geosystems. Pour les autres activités du groupe saint-gallois, il n'y a aucune synergie possible. «Hexagon ne connaît rien à la géomatique (ndlr: gestion de données au moyen d'un système GPS)», a martelé Hans Hess.

Malgré le refus de Leica Geosystems, la porte n'est pas fermée. «Si nous recevons une nouvelle offre, nous l'étudierons. Mais l'indépendance est la meilleure des solutions pour nos actionnaires», estime Hans Hess.

Du côté de Hexagon, la donne n'a pas changé. «Nous ne ferons pas de nouvelle offre. Leica Geosystems effectue un mouvement de défense qui fait partie du jeu. Quant aux prévisions faites jusqu'en 2009, il me semble difficile de leur donner un sens. Tout peut changer d'un trimestre à l'autre», dit Ola Rollén, patron du groupe suédois. Face à la nouvelle, le marché n'a pratiquement pas réagi. En une journée, le titre a gagné 0,2%.