La Malaisie a annoncé la suspension des exportations de poulet pour lutter contre une pénurie sur son marché national et une flambée des prix, une nouvelle mesure protectionniste portant sur des produits alimentaires en Asie. Le Premier ministre malaisien Ismail Sabri Yaakob a déclaré lundi soir que les exportations de quelque 3,6 millions de poulets par mois seraient interrompues à partir du 1er juin «jusqu’à ce que les prix et l’offre se stabilisent».

Le pays d’Asie du Sud-Est est le dernier en date à restreindre ses exportations de produits alimentaires après la suspension des exportations de blé par l’Inde et de celles d’huile de palme par l’Indonésie pendant un peu moins d’un mois. «Le gouvernement se préoccupe du problème de la hausse des prix et du faible approvisionnement actuel en poulet qui nuit» aux Malaisiens, a-t-il indiqué dans un communiqué.

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Problèmes d’approvisionnement pour Singapour

La petite cité-État de Singapour, qui dépend largement de son voisin malaisien pour son alimentation, a aussitôt vu un risque pour son approvisionnement. Un tiers environ des importations singapouriennes de poulet venaient de Malaisie l’an dernier, selon l’agence pour l’alimentation de l’île. L’agence singapourienne a mis en garde mardi contre des «disruptions temporaires de l’approvisionnement de poulet réfrigéré». «Nous recommandons aux consommateurs de n’acheter que ce dont ils ont besoin», a-t-elle précisé dans un communiqué. La Malaisie exporte aussi des poulets en Thaïlande, Japon et Hong Kong.

L’inflation a atteint 2,2% en mars en Malaisie, avec une hausse plus marquée des prix alimentaires de 4%. Les inquiétudes sur l’insécurité alimentaire montent dans le monde à cause du changement climatique et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La Banque mondiale a averti ce mois-ci que la hausse des prix alimentaires avait déjà «des effets dévastateurs sur les plus pauvres et les plus vulnérables».

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En Inde, le gouvernement de Narendra Modi a interdit l’exportation de blé le 14 mai, en raison d’une hausse des prix et de pénuries consécutives non seulement à la guerre mais aussi à de mauvaises récoltes dues à des pluies abondantes cet hiver, qui ont été suivies par des températures très élevées en mars, juste avant la moisson. La mesure, qui a fait baisser les prix du blé sur le marché intérieur indien, devrait être temporaire, le temps pour le gouvernement de reconstituer ses réserves.

L’huile de palme, pomme de discorde en Indonésie

En Indonésie, les exportations d’huile de palme ont repris hier, après une interdiction décrétée le 28 avril. Celle-ci avait déstabilisé le marché mondial de l’huile végétale, avec déjà des prix au plus haut depuis la guerre en Ukraine – qui assurait 50% du commerce mondial d’huile de tournesol avant le conflit. La décision du gouvernement de Joko Widodo avait été prise face à une pénurie et une flambée des prix de l’huile de cuisson à base de cette huile, la plus largement utilisée dans l’archipel d’Asie du Sud-Est, ce qui menaçait d’entraîner des tensions sociales.

Celles-ci n’ont pas entièrement pu être évitées: les producteurs indonésiens d’huile de palme avaient manifesté il y a deux semaines dans le centre de la capitale Jakarta et d’autres villes, se plaignant que les prix du fruit du palmier avaient baissé drastiquement. L’Indonésie assure quelque 60% de la production mondiale d’huile de palme, dont un tiers est consommé sur son marché national. Elle a exporté 34,2 millions de tonnes l’an dernier pour l’huile alimentaire mais aussi la fabrication d’une grande gamme de produits, des cosmétiques aux produits alimentaires, principalement vers l’Inde, la Chine, l’Union européenne et le Pakistan.