Boris Johnson semble faire peur aux marchés. Depuis que le très ébouriffé et très populaire maire de Londres s’est rangé dimanche derrière le «Brexit», la livre sterling a chuté de plus de 5% face au dollar. Elle est passée sous la barre de 1,40 pour la première fois depuis 2009, à 1,38. Face à l’euro, la chute est moins spectaculaire, mais la tendance est la même: -2,5% depuis lundi. Face au franc, la monnaie britannique a également glissé de plus de 3%, à 1,38.

«Il ne fait aucun doute que le référendum sur le Brexit devient rapidement un des plus grands risques de 2016 pour les marchés financiers, estime Josh Mahony, analyste à IG, une plateforme de courtage en ligne. La décision de Boris Johnson de soutenir le camp de la sortie (de l’Union européenne) non seulement met à mal le travail de David Cameron à Bruxelles, mais met aussi à mal la confiance dans l’économie britannique.»

Le dernier sondage, qui donne ce mercredi une très légère avance au camp du «Brexit», à 51% contre 49%, nourrit cette nervosité. «Jusqu’à 23 juin (date du référendum), on va avoir (quatre mois) pendant lesquels ce sujet ne va jamais être très loin de nos préoccupations, soupire Simon Smith, économiste à FX Pro, une plateforme de courtage en devises. Pour la livre, ça ne va pas être un moment agréable.»

Mark Carney, le gouverneur de la banque d’Angleterre, reconnaissait mardi devant un comité parlementaire, que le moment était délicat. «Je note que la livre sterling a bougé depuis que la date du référendum est devenue clair.» Très prudent, il refuse de préciser ses craintes, mais reconnaît avoir mis en place un «plan d’urgence (contingency plan) comme pour tout événement politique».

Craintes d’une correction

Bank of America Merrill Lynch est beaucoup plus alarmiste. Les analystes de la banque américaine estiment que le spectre d’une sortie de l’Union européenne pourrait être le déclencheur d’un mouvement de correction beaucoup plus violent. «Notre évaluation suggère que la livre est actuellement surévaluée, et dans un scénario extrême où les flots de capitaux ralentiraient temporairement avant le référendum, elle pourrait faire face à un déclin important», note Kamal Sharma, l’auteur de la note.

Sentant le coup à jouer, les hedge funds ont commencé à parier sur une chute de la monnaie britannique, selon les données collectées par Lyxor, un groupe de la Société Générale. La volatilité sur le marché de la livre sterling face au dollar est à son plus haut depuis l’été 2011. «La monnaie est le principal baromètre de l’incertitude», rappelle David Tinsley, économiste à UBS.

L’effet politique sur le marché des changes doit cependant être relativisé. Si la livre sterling est si basse face au dollar, c’est essentiellement parce que le dollar est fort. Depuis mi-2014, la Fed annonce qu’elle envisage de monter ses taux. Elle est finalement passée à l’action en décembre, mettant fin à sept ans de politique monétaire à taux zéro. Inversement, la banque d’Angleterre, après avoir laissé entendre qu’elle pourrait elle aussi augmenter son taux, semble désormais avoir repoussé l’échéance, au moins jusqu’à la fin de l’année. Depuis 18 mois, la livre a ainsi perdu 20% face au dollar, loin de tout effet «Brexit».

Inversement, le mouvement est plus faible face à l’euro, puisque la Banque centrale européenne mène de son côté un politique de «quantitative easing» et de taux négatifs plus agressive que jamais. La livre sterling a quand même dérapé de 13% depuis fin novembre face à la monnaie unique. Et l’inquiétude autour du référendum sur le maintien ou la sortie de l’UE ne peut que renforcer la tendance.


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