Interrogé par Business Insider sur la parité homme-femme dans la publicité – un secteur où elles ne représentent que 11,6% des postes à responsabilité –, le patron de l’agence Saatchi & Saatchi, Kevin Roberts, a été poussé à la démission mercredi, après une vague d’indignation autour de ses propos jugés sexistes.

Maurice Lévy, directeur de la maison-mère Publicis, s’est tout de suite fendu d’un communiqué pour se distancer de celui qui était en poste depuis 1997. Trop tard. Dans la foulée, les directeurs du groupe alimentaire PepsiCo et de la plateforme vidéo YouTube annonçaient leur intention de ne jamais travailler avec Saatchi & Saatchi.

Aux Etats-Unis, alors que pourrait siéger la première femme de l’histoire à la Maison Blanche, la question de l’égalité des chances reste plus que jamais d’actualité dans le milieu entrepreneurial.

La Silicon Valley, repère de mâles blancs

A tel point que – suivant un mouvement lancé par Google en mai 2014 –, Facebook et Apple publient désormais chaque année des rapports sur la diversité de leurs employés. Des documents qui révèlent de graves problèmes de sous-représentation de certaines catégories de population dans la Silicon Valley. Les femmes dépassent rarement le tiers de la main-d’œuvre. Chez Google, elles ne sont que 17% dans les postes techniques. Les Afro-Américains ne représentent la plupart du temps guère plus de 2% des employés.

Lire aussi: «La Silicon Valley, territoire hostile pour les femmes»

Pour parer aux critiques, le secteur de la tech engage désormais des «chief diversity officers» à la pelle, sur le modèle de ce qui se faisait déjà dans l’éducation et les autorités publiques aux Etats-Unis. Twitter, Pinterest et Airbnb ont tous recruté leur responsable de la diversité au cours des derniers mois. La plateforme de location de biens immobiliers ne se contente pas de traquer la discrimination parmi ses employés. Fin juillet, elle s’est attaché les services d’Eric Holder – ancien Ministre de la Justice (2009-2015), connu pour avoir mis en place le programme américain avec les banques suisses – pour combattre la discrimination dont sont victimes les utilisateurs de son site.

Le réseau professionnel LinkedIn recense quelque 2000 «chefs de la diversité» dans le monde. On en trouverait déjà dans une multinationale sur cinq, selon des estimations de la revue spécialisée Diversity Woman.

La Suisse engage aussi des chefs de la diversité

C’est également le cas à Autodesk. La multinationale – américaine – spécialisée dans les logiciels de dessin assisté par ordinateur, qui a établi son siège européen à Neuchâtel, a engagé son «chef de la diversité globale» il y a un peu moins d’un an. De passage en Suisse pour y donner une formation sur l’intégration dans le monde entrepreneurial, Daniel Guillory reconnaît que son rôle était au départ d’augmenter le quota de femmes dans un groupe qui compte 83% d’hommes dans ses postes d’ingénieurs.

Un taux qui «correspond, à quelques pourcents près, au taux de diplômés dans les programmes de sciences informatiques, explique le nouveau «commissaire» à la diversité. On ne peut pas se contenter de décréter que l’on va doubler le nombre de femmes dans l’entreprise. La vraie question c’est comment nous changeons la manière de penser et nous garantissons à tous les employés qu’ils ont les mêmes possibilités de progresser.»

Dépasser le plafond de verre

C’est tout le problème. Si le nombre de femmes progresse dans le monde économique, elles se font de plus en plus rares à mesure que l’on remonte l’échelle hiérarchique. Les conseils d’administration des cent plus grandes entreprises suisses ne comptent que 16% de femmes. Pire, dans les comités de direction, on n’en compte que 6%, selon le rapport 2016 du consultant et chasseur de têtes Guido Schilling qui décortique la composition des hautes fonctions des entreprises suisses.

Lire aussi: «Femmes à la tête des entreprises: la Suisse à la traîne»

Nestlé, UBS, Credit Suisse ou Axa possèdent tous des responsables de la diversité et/ou de l’inclusion. Mais pour Guido Schilling, la création d’un tel poste n’est pas décisive mais doit faire partie d’une véritable stratégie d’intégration. «Au vu de la taille du marché de l’emploi et de l’ouverture de son économie, les entreprises helvétiques ont déjà intégré avec succès des étrangers dans leurs structures dirigeantes. Mais en ce qui concerne les femmes, la Suisse reste à la traîne», déplore le consultant zurichois.

Pour Guido Schilling, les entreprises helvétiques réalisent peu à peu qu’une bonne stratégie en matière de diversité n’aide pas uniquement à obtenir de meilleurs résultats financiers mais «renforce aussi l’image de l’employeur». Cela leur permettrait, selon lui, «d’attirer les meilleurs éléments dans la compagnie, spécialement les jeunes femmes ambitieuses».