Face au tourisme d’achat, Bâle passe à l’action

A Riehen, les touristes ne s’arrêtent pas tous à la Fondation Beyeler. Nombreux sont ceux qui traversent la frontière et font leurs emplettes en Allemagne. Les magasins bâlois souffrent de ce tourisme d’achat. L’année dernière, il a été estimé à 714 millions de francs par la Haute Ecole spécialisée de la Suisse du nord-ouest. Il coûterait à la cité rhénane 2380 emplois, 25 millions de francs de contributions sociales et 55,5 millions de recettes fiscales pour une année.

Les acteurs bâlois, entreprises autant qu’autorités politiques, n’ont pas tardé à s’organiser pour enrayer la tendance. «Il est logique que Bâle soit plus actif que d’autres régions pour renforcer les atouts du commerce de détail local», explique David Weber, porte-parole local de l’Union suisse des arts et métiers. Cette dernière est chargée de coordonner les initiatives liées au commerce de détail avec l’Union patronale et l’association Pro Innerstadt, regroupant différents magasins.

Trottoirs gratuits

A la suite d’une interpellation, les autorités de Riehen ont décidé le 3 mars dernier de supprimer durant un an les taxes d’utilisation du trottoir par les commerçants. Le coût de l’opération pour la commune s’élève à 45 000 francs. Urs Denzler, son porte-parole, explique que «les commerçants sont également pénalisés par les travaux de rénovation du centre historique, même si, à terme, cet investissement est censé accroître l’attrait de cet espace».

Au cœur de la cité rhénane, sur la Freistrasse – l’équivalent bâlois de la rue du Rhône à Genève –, plusieurs boutiques de sport et de mode ont fermé. Même PostFinance n’y est plus. «En ville de Bâle, la suppression des entraves administratives et l’accès aux commerces sont au cœur des efforts pour fidéliser la clientèle», résume David Weber. Un premier paquet de mesures a été accepté en mai par le gouvernement de Bâle-Ville. Il inclut la prolongation des heures d’ouverture de certains services administratifs et l’octroi de jetons de 2 francs aux automobilistes pour les parkings publics. Est-ce suffisant? Un commerçant pointe par exemple la hausse des loyers pour expliquer la détérioration de la rentabilité.

Fermetures en série

«D’autres mesures sont en préparation pour alléger les charges des PME», annonce David Weber. Celui-ci se réjouit que les autorités aient «reconnu la nécessité de passer à l’action». Il ajoute qu’«au besoin, nous répéterons nos propositions à travers des interventions parlementaires».

La Basler Zeitung a révélé la semaine dernière une série de fermetures de magasins à Binningen (BC), en périphérie bâloise – une bijouterie, un magasin de cadeaux, une boutique de mode, un Denner. L’agglomération est encore plus touchée que le centre historique. Les transports jouent un rôle clé et les bouchons s’accumulent sur la route principale de Binningen.

En outre, une pluie d’amendes distribuées par une entreprise privée de sécurité, notamment le samedi, n’a rien arrangé. Averti, le maire de la ville a condamné ce zèle. La commune a aussi décidé d’un vaste arsenal de mesures de soutien, composé d’un plan de rénovation, de la présentation d’un carnet de bons avec rabais pour fidéliser les clients et de la distribution de plans des magasins afin de mieux faire connaître l’offre locale.