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Facebook, bientôt la plus grande banque du monde?

CHRONIQUE. Le réseau social californien s’apprête à lancer sa cryptomonnaie et, par là, à réinventer entièrement son modèle d’affaires

Malgré la salve de critiques essuyée par Facebook suite au scandale de Cambridge Analytica, l’entreprise a terminé l’année 2018 avec des bénéfices en hausse, ce qui a entraîné l’indulgence des investisseurs et une remontée de 30% du cours de son action depuis début janvier. Cette étape douloureuse pour son image a toutefois démontré à Facebook le besoin de diversifier ses sources de revenus en dehors de la monétisation publicitaire des données personnelles, et Mark Zuckerberg a récemment communiqué une nouvelle stratégie, basée sur le cryptage intégral des données (aussi envers Facebook) et la réduction des interactions publiques.

D’après des informations rapportées par le New York Times, ces nouveaux domaines d’activité devraient se matérialiser en premier lieu sous la forme d’une cryptomonnaie, sur laquelle le genevois David Marcus, ancien directeur de PayPal et nouveau responsable blockchain de Facebook, aurait travaillé dans le plus grand secret en compagnie d’une équipe de 80 personnes localisées dans un recoin sécurisé du campus de Menlo Park.

Peu de détails ont filtré, mais il semble que ce «Facebook coin» aura une valeur fixée sur le dollar et permettra d’exécuter des paiements de pair à pair à travers l’application WhatsApp. Les analystes de la banque Barclays voient dans ce produit un revenu potentiel de 19 milliards par an à l’horizon 2021, soit en moyenne 6 dollars générés sous forme de frais par chaque utilisateur du réseau.

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3 milliards de clients

Si Facebook réussit ce pari et parvient à mettre en place une infrastructure de paiement globale, l’entreprise deviendrait de facto la plus grande banque de la planète, servant 3 milliards de clients. Et pourrait rapidement élargir sa palette de produits pour se diriger vers des marchés plus rémunérateurs tels que les cartes de crédit et les prêts à la consommation. Cette nouvelle orientation pourrait accessoirement aider Facebook à justifier l’acquisition de la messagerie WhatsApp, pour laquelle elle a déversé 19 milliards il y a cinq ans, sans parvenir à établir un modèle économique cohérent.

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Des défis majeurs subsistent cependant: Facebook devra démontrer qu’elle peut offrir une expérience utilisateur supérieure aux solutions disponibles sur le marché actuel et créer une base de confiance suffisante pour que le système soit utilisé à grande échelle. Sans compter les obstacles d’ordre réglementaire qui devront également être levés pour que le produit puisse être utilisé à large échelle. Mais la véritable difficulté viendra peut-être de l’intérieur: une entreprise de 35 000 employés peut-elle se permettre de repartir à zéro et d’abandonner le modèle qui lui a permis de réaliser 22 milliards de dollars de bénéfices lors du dernier exercice?

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