Technologie

Facebook étend son empire en s'attaquant à YouTube

Le réseau social américain va proposer dès ce mois une palette de séries, de documentaires et de matches. Il ira jusqu’à financer certaines productions et reversera 55% des recettes publicitaires aux producteurs, exactement comme YouTube

En l’espace de quelques heures, le monde de la vidéo en ligne a subi deux secousses. Exactement vingt-quatre heures après l’annonce par Disney du lancement de son propre service de vidéo à la demande – et de son divorce avec Netflix –, Facebook a présenté dans la nuit de mercredi à jeudi son service de télévision. Baptisé «Watch» («regarde»), il se présente comme une concurrence directe au site de vidéos YouTube et aux services de vidéos à la demande.

Si l’annonce de Facebook est importante, c’est d’abord en raison de l’audience potentielle du réseau social américain, auquel 1,32 milliard de Terriens se connectent chaque jour, sur un total de deux milliards d’utilisateurs. C’est aussi en raison de la taille du catalogue de séries, matches et documentaires qu’a dévoilé Mark Zuckerberg, fondateur et directeur de Facebook. Ainsi, un nombre limité d’utilisateurs pourrait visionner dans les tout prochains jours des safaris en direct produits par National Geographic, des documentaires de quatre à cinq minutes produits par la NASA, des matches de baseball (un direct par semaine), plusieurs émissions de téléréalité et même des tutoriels vidéo pour apprendre à créer ses meubles.

Productions financées

Facebook voit large et n’hésite pas à financer lui-même une partie des productions à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de dollars. «Nous espérons que des milliers d’émissions seront créées. Celles que nous aidons (financièrement, ndlr) ne sont qu’une petite portion du total actuel et cette part va se réduire avec le temps», a affirmé Daniel Danker, responsable du produit. Qu’une plateforme soutienne ainsi des producteurs, afin d’acquérir le plus vite possible des vidéos, n’est pas nouveau: YouTube finance déjà des séries originales, tout comme Snapchat, qui tente de son côté de signer maintenant des accords avec des producteurs de contenu. De son côté, Netflix produit lui-même une partie des films et séries qu’il propose.

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Facebook permettra aux propriétaires d’émissions d’afficher de la publicité, exactement selon la même clé de répartition qui prévaut déjà sur YouTube: 55% des revenus publicitaires pour les propriétaires, 45% pour le réseau social. Plusieurs formats d’annonces seront proposés, allant des publicités s’affichant au bout de quelques secondes à des placements de produit. «Watch» devrait permettre à Facebook d’absorber une partie des annonces qui ne sont pas diffusées ailleurs sur le réseau, faute de place.

De moins en moins cher

Propriétaire de l’agence lausannoise de publicité BeGenerous, notamment active sur Facebook et Instagram, Gregory Annas estime que ce lancement sera accueilli positivement par les annonceurs. «La demande pour des publicités sur Facebook est déjà forte et le réseau lance plusieurs fois par année de nouveaux formats qui plaisent aux marques. Et il devient de moins en moins cher de créer des publicités vidéo.» Selon Gregory Annas, Facebook n’a pas pour autant supplanté YouTube sur ce marché: «Son concurrent restera numéro un encore un moment, car la vidéo demeure sa spécialité. Mais l’audience de Facebook est telle que ce réseau agit de plus en plus comme un aimant.» Selon l’expert, les internautes sont désormais habitués à ce que leurs vidéos soient parsemées de publicités.

L’utilisateur de Facebook verra apparaître un nouvel onglet au sein de l’application, semblable à un écran de télévision. Il pourra y retrouver toutes les émissions disponibles, épisode par épisode, et bien entendu les partager. Certaines émissions seront incluses dans le fil d’actualité, ce qui permettra au réseau social de mettre lui-même en avant du contenu. «Regarder un programme ne signifie pas que vous êtes passif, a affirmé Mark Zuckerberg. Vous pourrez discuter avec vos amis durant un épisode et rejoindre des groupes de personnes qui aiment les mêmes émissions pour construire une communauté.»

Contenu ennuyeux?

Malgré sa puissance financière et son audience, Facebook n’est pas assuré de réussir. A cause de la concurrence, d’abord: YouTube revendique 1,5 milliard d’utilisateurs connectés chaque mois, regardant en moyenne une heure de vidéo par jour. Et aux Etats-Unis, Netflix, Hulu, Amazon ou encore HBO dominent le marché de la vidéo en ligne. Mercredi, le groupe de médias 21st Century Fox s’est dit «très ouvert» à la possibilité de lancer son propre service de diffusion en streaming.

Ensuite, Facebook propose un catalogue avec des émissions «ennuyantes», affirmait jeudi le site spécialisé Quartz: «cela ressemble plus à «The Bachelorette» qu’à «Breaking Bad». La première étant une émission de téléréalité, la seconde une série noire reconnue par la critique…

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