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Mark Zuckerberg auditionné par le Congrès américain.
© Chip Somodevilla/Getty Images/AFP

états-unis

Facebook face au risque de réglementation

Auditionné par le Congrès américain, le patron Mark Zuckerberg ne s’est pas montré très convaincant sur sa volonté de mieux protéger les données de ses utilisateurs. Mais le réseau social semble plus acculé que jamais

Certains silences, circonvolutions et hésitations en disent long. Mercredi, quand la représentante démocrate Anna Eshoo, pugnace, a demandé à Mark Zuckerberg s’il comptait changer son modèle d’affaires pour mieux protéger ses utilisateurs, le patron de Facebook a fait mine de ne pas comprendre.

Après deux jours d’auditions devant le Congrès américain, le bilan est clair: tendu, parfois mal à l’aise, Mark Zuckerberg a surtout cherché à échapper aux questions. Lui-même, du bout des lèvres, ne se dit pas hostile à une régulation d’internet et des réseaux sociaux. Il l’estime même «inévitable», mais il se garde bien de prendre le moindre engagement en faveur d’une nouvelle législation. Désormais, la balle est bien dans le camp du Congrès, qui décidera s’il veut imposer un cadre strict à Facebook et aux autres géants de la tech.

Le patron de Facebook est empêtré dans le scandale du siphonnage des données de 87 millions d’utilisateurs de sa plateforme par Cambridge Analytica, à des fins politiques. Coaché par une armée de communicants, il a fait acte de contrition. Lundi déjà, son équipe avait divulgué le document écrit qui lui a servi d’introduction à ses deux auditions. «Nous n’avons pas fait assez pour empêcher nos outils d’être utilisés de façon malintentionnée […]. Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé», y admet-il.

Promesses insuffisantes

Et maintenant? Sous pression, Mark Zuckerberg a déjà procédé à des changements et promet de clarifier les paramètres de confidentialité et de contrôler de façon plus stricte les diffuseurs de messages politiques. Il vient aussi d’annoncer qu’il rétribuerait ceux qui dénonceront le mauvais usage de données par des tiers. Pour de nombreux élus, ces promesses ne sont pas suffisantes. Car Mark Zuckerberg s’accroche à son modèle économique.

Mardi déjà, le patron de Facebook avait assuré ne pas être contre une régulation, allant jusqu’à évoquer les nouvelles règles européennes sur la protection des données (le RGPD), qui entreront en vigueur dans l’UE le 25 mai. Mais il l’a dit de manière tordue: «Ma position n’est pas de dire qu’il ne devrait pas y avoir de régulation.» C’est sa ligne de défense: il présente des excuses, il assure vouloir agir pour protéger ses deux milliards d’utilisateurs, mais il reste extrêmement vague sur ses intentions.

Facebook fait l’objet de plaintes et d’enquêtes aux Etats-Unis comme en Europe, et a déjà dû payer des amendes colossales. Mark Zuckerberg est régulièrement harponné pour son manque de transparence. Il est en tournée des excuses depuis quatorze ans, ont rappelé plusieurs élus. Pris dans la tourmente de Cambridge Analytica, firme qui travaillait pour le compte de Donald Trump pendant la campagne présidentielle, après une succession de scandales, il agit surtout sous la pression.

«Une course aux armements»

Sa priorité pour 2018, dit-il, est de «protéger l’intégrité des élections», dont celles de mi-mandat, cruciales aux Etats-Unis. Une allusion au spectre de nouvelles manipulations orchestrées par des hackers russes. D’ailleurs, a-t-il ajouté, Facebook collabore à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine et les liens avec le clan Trump. Le jeune milliardaire a évoqué une «course aux armements» contre «des gens en Russie dont le travail est de tenter d’exploiter nos réseaux et d’autres systèmes sur internet». Pour rappel, ce n’est qu’en 2014 qu’il a décidé de restreindre l’accès aux données personnelles par des applications tierces.

Mardi, le sénateur démocrate Dick Durbin est parvenu à le déstabiliser en lui posant une question toute simple: «Est-ce que vous nous diriez dans quel hôtel vous avez passé la dernière nuit?» Réponse de Mark Zuckerberg, désarçonné: «Euh… non.» Le sénateur de l’Illinois a rajouté: «Et si vous envoyiez un message à quelqu’un, partageriez-vous avec nous les noms des destinataires?» Même réponse de Mark Zuckerberg. Dick Durbin a eu ce qu’il voulait: «Eh bien, je crois qu’il s’agit là du cœur du sujet: le droit à la vie privée, les limites de ce droit, et ce que l’on est prêt à concéder dans l’Amérique actuelle pour relier les gens entre eux.»

Des auditions pour rien?

L’élu républicain John Kennedy est celui qui a été le plus direct. «Your user agreement sucks», lui a-t-il lâché, à propos des conditions générales d’utilisation. Une manière de lui dire que ce règlement, touffu, est de l’arnaque. Au sénateur Bill Nelson, inquiet de savoir s’il faudra payer pour ne pas être ciblé par des publicités, Mark Zuckerberg s’en est tiré par une pirouette. Il y aura toujours une version de Facebook qui restera gratuite, promet-il. Après la première journée d’audition, l’action de Facebook a bondi de 4,50%, pour s’établir à 165,04 dollars.

Ces deux jours, Mark Zuckerberg, qui assure que Facebook ne «vend» pas de données à des tiers, a souvent déclaré à ses interlocuteurs: «Mon équipe reviendra vers vous, avec des détails.» Une manière de temporiser. Mercredi, le démocrate Frank Pallone a fait part de son pessimisme. Il craint que ces auditions ne servent à rien, qu’elles ne se traduisent en aucun acte, «grâce à la complicité des républicains, majoritaires au Congrès». Il exige des «mesures immédiates». «Pour protéger notre démocratie», dit-il.

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