Au terme de cette folle semaine qui a vu l'élection d'un 45ième président des Etats-Unis totalement inattendu, les réseaux sociaux se retrouvent sur le banc des accusés. Facebook, qui avait contribué à l'élection de Barack Obama il y a huit ans, a-t-il facilité celle de Donald Trump en 2016? Alors que beaucoup le pensent à l'instar du président sortant, Mark Zuckerberg se justifie plutôt maladroitement.

A ce stade, il paraît très difficile de se plonger dans les milliards de données créées sur le web durant la campagne pour démêler la réalité du fantasme. Sans parler de l'analyse qui reste à faire sur le renforcement du biais des utilisateurs de Facebook: la plateforme nous expose-t-elle avec ses algorithme à ce que nous croyons déjà au risque de nous fermer à d'autres points de vue?

Là où le patron du plus important réseau mondial ne joue pas franc jeu, c'est qu'il ne peut pas réaliser des milliards de bénéfices en vendant de la publicité pour influencer ses utilisateurs, sans imaginer que l'exposition aux informations diffusées par sa plateforme puisse affecter d'autres domaines de la vie de ces derniers. Notamment lorsqu'il s'agit de choisir le prochain président, par exemple.

C'est une revendication qui monte de la part de nombreux milieux depuis des mois: le géant de Palo Alto ne peut plus éviter de réfléchir à son impact et ses pratiques. Les conséquences de la dissémination de fausses nouvelles, de la censure de certaines photos ou de la diffusion d'images en direct par des terroristes démontrent à quel point les réseaux sociaux ont une responsabilité éditoriale, comme l'ont les journaux. La leur est d'autant plus forte qu'ils sont globaux, immédiats et qu'ils agissent comme un accélérateur, de nouvelles bonnes ou mauvaises, vérifiées ou falsifiées. Des informations de mauvaise qualité ou tout simplement fausses, partagées des millions de fois et sans contradiction au sein d'une communauté qui dépasse le milliard d'utilisateurs, ont pour conséquence de détruire purement et simplement le débat public.   

Donald Trump n'est pas l'ami des géants de la tech qu'il souhaite recadrer: son frein à l'immigration va contrarier le recrutement de talents étrangers et le souhait d'inciter à produire aux Etats-Unis pourrait empêcher Apple et d'autres de sous-traiter en Chine. Ironiquement, la Silicon Valley a peut-être aidé à fabriquer une créature qui - comme le monstre dans Frankenstein - va lui échapper et se retourner contre elle.