États-Unis 

Sur Facebook, le mensonge est plus populaire que la vérité

Les fausses nouvelles autour de l’élection présidentielle américaine ont eu plus de succès que les vraies sur Facebook depuis trois mois, selon une étude de Buzzfeed

Ils s’appellent The Political Insider, American News, Freedom Daily, les Oreilles politiques ou Le patriote en colère. Ces sites se sont spécialisés dans la fausse nouvelle, la «réinformation» outrancière et le commentaire enflammé. Et depuis trois mois, leur audience a dépassé sur Facebook celle des médias classiques et de leurs informations sourcées, recoupées et vérifiées, selon une étude publiée ce mercredi par l’universitaire canadien Craig Silvermann, fondateur de Buzzfeed Canada, et depuis longtemps expert de la rumeur et de la désinformation. Précisément, l’audience des 20 articles les plus populaires de ces sites de fausses nouvelles a atteint 8,7 millions de réactions sur Facebook (des «likes», des commentaires ou des partages) contre 7,3 millions pour les 20 articles les plus populaires des sites d’information traditionnels.

Non, Hillary Clinton n’a pas vendu d’armes à l’Etat islamique (789 000 réactions). Le pape n’a pas appelé à voter pour Donald Trump (960 000 réactions). Aucun père de quatre enfants n’a été écrasé lors d’une manifestation d’anti-Trump. Et aucun agent du FBI soupçonné d’avoir fait fuiter les e-mails du serveur d’Hillary Clinton n’a été retrouvé mort chez lui. Mais tous ces articles se sont installés sur la Toile, publiés par ces sites surfant sur le complotisme et le rejet du politiquement correct, dans le sillage de la violente campagne de Donald Trump. Selon l’étude de Craig Silverman, 17 des fausses nouvelles les plus lues depuis août étaient en faveur du millionnaire aujourd’hui élu.

Les conséquences sont graves. Deux cents millions d’Américains s’informent sur Facebook aujourd’hui, selon le Pew Research Center, et tous ne font pas la différence entre les sites des médias classiques et ces sites outranciers, parfois très bien faits, jouant avec des noms ressemblant à ceux de sites reconnus, et experts dans l’art d’utiliser les algorithmes du réseau pour faire remonter leurs articles grâce à des titres et des photos bien choisis. Buzzfeed et The Guardian ont mis au jour une filière en Macédoine de jeunes internautes à l’origine d’une centaine de sites pro-Trump, dont ils ont vite compris que c’était un vrai filon: avec la publicité d’annonceurs ravis de s’installer sur des sites très fréquentés, ils gagnent jusqu’à 3000 dollars par mois, une fortune, dans ce petit Etat de l’ancienne Yougoslavie. D’autres sites de désinformation sont purement américains, à visée politique. La plupart existent principalement sur leur page Facebook. American News compte 5,5 millions d’abonnés; Political Insider, 2,8 millions.

La polémique est très vive aux Etats-Unis depuis l’élection de Donald Trump sur l’influence qu’ont pu avoir ces sites. Paul Horner, le pape de la fausse information, estime ainsi – dans un entretien au Washington Post – «qu’il a fait élire» Donald Trump avec ses articles sur le vote des Amish pour Trump, ou sur cet opposant payé 3500 dollars pour manifester contre Trump. Ce jeudi, l’information était virale sur Facebook…

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