Première engueulade entre M. et Mme Zuckerberg, frais émoulus de la mairie:

Elle: Mark…

Lui: Oui, mon sucre? [Il aurait pu dire: «Madame ma montagne de sucre».]

Elle: T’es de nouveau sur Face de Bouc…

Lui: Mais chouchou, c’est mon job, c’est pour ça qu’on est milliardaires.

Elle: C’est ton job, cette grosse truie que tu viens de mettre dans tes «Amis»?

Lui: T’es de nouveau venue fouiner sur mon mur… Si tu continues j’te jarte…

Dans l’immense ennui que peut distiller une entrée en bourse aux yeux de ceux qui nagent comme des boules de pétanque dans les sombres arcanes de la finance, le strip de «B12 et Vitamine» paru ce matin dans 20 minutes a un effet très rafraîchissant. Car il n’y a pas de frein pour enrayer la chute! hurle-t-on de partout, d’une voix unanime. Facebook plonge, en terminant son deuxième jour de cotation bien en deçà de son prix d’ouverture de 38 dollars, en baisse de 10,99% à 34,03 dollars.

Outre une panne technique qui fait les gros titres mais ne semble pas avoir eu de conséquences sur la manière de faire des traders, c’est «une grosse déception», commente Peter Cardillo, de Rockwell Global Capital. Le Wall Street Journal raconte notamment comment les investisseurs se sont tortillés toute la journée pour savoir si tout ce ramdam en valait bien la peine. Mais au bout du compte, leur scepticisme sur la valorisation astronomique des actions l’a emporté. C’est «un cauchemar», résume le Handelsblatt.

Cette contre-performance illustre pour beaucoup les doutes émis sur la solidité de Facebook, un temps occulté par le grégaire engouement du public pour le géant des réseaux sociaux sur Internet. «Quelqu’un s’est trompé en fixant le prix, cette bourde signifie que le prix de l’action a été fixé trop haut», relevait l’analyste Douglas McIntyre sur le site spécialisé 247WallSt.com. Vendredi, les banques avaient pu éviter que l’introduction en Bourse tourne au désastre en soutenant le titre à bout de bras. Mais lundi, «ce soutien semble épuisé», note Lou Kerner, fondateur du Social Internet Fund.

Les Echos voient malheureusement «un démarrage poussif» en bourse pour une entreprise dont les fans n’oseraient pas une seule seconde dire qu’ils jouent dans un univers poussif. L’opération «tourne au fiasco»: c’est «une entrée en bourse très chaotique», selon Rue89. Mais dans le fond, pour les non-spécialistes de la bourse et pour les ignares qui ne veulent pas perdre ni temps ni argent sur les réseaux sociaux, pourquoi l’action Facebook s’est-elle plantée? Selon Marianne2, «les raisons de ce crash sont nombreuses»: «modèle économique non consolidé, atteintes à la vie privée, crainte d’une nouvelle bulle»… Non, vraiment, «Facebook n’est pas ami avec la bourse».

Pour expliquer cette calamiteuse IPO, «les observateurs mettent en avant une faible perspective de croissance pour le réseau social et un modèle économique qu’ils jugent fragile», analyse le site spécialisé Numerama.com. D’autres ont mis en avant les difficultés rencontrées par la plate-forme boursière pour gérer une opération d’une telle ampleur. Plus de 421 millions d’actions ont en effet été mises sur le marché.

«Les relations entre Wall Street et Facebook restent décidément tendues», renchérit Le Figaro. Et le quotidien de se lancer dans une fine analyse behavioriste du Grand Petit Mark Zuckerberg, qui suscite en fin de compte pas mal de fantasmes. Car l’action «pourrait aussi souffrir du dédain que continue d’afficher son fondateur pour Wall Street. Sur la chaîne américaine CNBC, un animateur s’étonnait ainsi du calendrier choisi par Mark Zuckerberg pour se marier. «C’est encore une façon très médiatique de dire qu’il ne se préoccupe pas de ses investisseurs», notait-il, alors que le jeune dirigeant a épousé son amie de longue date samedi, soit le lendemain de l’introduction en Bourse de Facebook.» Et surtout, comble du ridicule et du manque de sérieux qu’on lui prête, «il a endossé à cette occasion un costume alors que Mark Zuckerberg avait ému la côte Est en se présentant en sweat-shirt à une réunion d’investisseurs précédant l’introduction en bourse.» Comme quoi, les apparences…

Et «comme toujours quand un premier de la classe trébuche, les observateurs peinent à dissimuler leurs sourires, est bien obligé de constater le site Slate.fr. Et c’est vrai que tout le cirque médiatique déclenché autour de cette opération, avec force superlatifs, était un peu agaçant. Que le fondateur de Facebook […] et ses banques conseils aient pris ainsi une bonne leçon d’humilité n’est pas pour déplaire. Il faut reconnaître que, dans cette affaire, ils ont été un peu présomptueux… et gourmands.»

Mais rendons à César… Et laissons la parole aux professionnels de la profession: «Les débuts boursiers plutôt sobres, voire décevants de Facebook ne sont pas vraiment le reflet de la qualité de la société, tempèrent LesAffaires.com. C’est davantage le signe que le marché des premiers appels publics à l’épargne est de plus en plus efficace. Et c’est loin d’être une bonne nouvelle pour les amateurs de ces titres.» Décidément, les mauvaises nouvelles sont nombreuses. En attendant, continuez à bien choisir vos amis. Ils ne crèchent pas à Wall Street.