Technologie

«Facebook pourrait vendre la démocratie»

Antonio Garcia Martinez, créateur de start-up et ex-collaborateur de Facebook, exprime ses craintes pour le système politique, dans une interview à la SonntagsZeitung

Antonio Garcia Martinez, 41 ans, docteur en physique à l’Université de Berkeley, fait partie des plus grands critiques de la Silicon Valley. Pourtant, il a lui-même vécu le rêve de beaucoup de jeunes. Il a créé une start-up qu’il a vendue à Twitter. Ensuite, il a travaillé pour Facebook et développé un système permettant de cibler la publicité. Dans une interview à la SonntagsZeitung, il révèle aujourd’hui que «Facebook pourrait vendre la démocratie».

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Et en Suisse? «Je pense que Facebook forme les directeurs de campagne allemands et suisses afin d’utiliser le réseau comme instrument politique», répond-il au média alémanique.

Influencer les campagnes

L’ex-employé de Facebook a été rendu célèbre par la publication du livre «Chaos Monkeys». Un best-seller en 2016. Il y montre qu’il est «possible de reprendre intégralement en politique les méthodes employées pour accroître les ventes de souliers Adidas». Il s’agirait, pour le réseau social, par exemple de demander, le jour d’une votation, uniquement à une partie des électeurs d’aller voter. Donc de cibler des régions précises ou un type d’électeurs. «Facebook pourrait vendre la démocratie au plus offrant», déclare-t-il. L’expert ajoute toutefois que de telles exigences n’ont pas encore été expérimentées. Mais la politique est devenue une branche importante au sein du groupe de Mark Zuckerberg.

Facebook dispose de «centaines d’employés qui ne font rien d’autre que de discuter avec les directeurs de campagne et de vendre par exemple des «Dark posts», déclare-t-il. Ce dernier terme correspond à «des informations visibles uniquement par des utilisateurs sélectionnés en fonction de leur profil», précise-t-il.

Craintes d’une explosion sociale

Antonio Garcia Martinez vit aujourd’hui partiellement sur l’île d’Orcas près de l’Etat de Washington et partiellement sur son voilier, face à San Francisco. Le choix d’investir à Orcas, un endroit reculé du monde, traduit ses craintes d’explosion sociale lorsque les nouvelles technologies auront produit leurs effets, à son avis dévastateurs, sur l’emploi. En fait, il présente deux scénarios. D’une part une révolte. D’autre part une lente dégradation économique.

Sa critique du modèle de la Silicon Valley porte en partie sur ses effets sur l’emploi. Dans le journal alémanique, il raconte que le métier de conducteur de camion est l’un des derniers qui ne nécessitent pas de diplôme universitaire. Avec le camion sans chauffeur, qui devrait rouler sur les routes américaines dans cinq à dix ans, 7 millions de personnes perdront leur emploi. «C’est pourtant un métier qui permet de gagner 70 000 dollars par an et qui nourrit quantité de familles», argumente-t-il. Certes, les conducteurs devraient assister les camions mais la moitié des emplois disparaîtra, puis une autre moitié, craint-il.

Dans d’autres domaines, la robotique et l’intelligence artificielle remplaceront aussi les emplois hautement qualifiés, y compris dans le droit et la santé. Et dans les médias. Les nouvelles technologies permettent en effet d’écrire des textes de bonne qualité uniquement avec des blocs de données.

Désabusé vis-à-vis de la Silicon Valley, il estime que San Francisco ne correspond pas à l’image véhiculée, celle d’une métropole du futur. «C’est un trou», s’exclame-t-il. Les taudis abondent et une grande partie des employés (policiers et enseignants) ne peuvent plus y vivre tant elle est chère.

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