Scandale

La facture américaine sera très salée pour VW

L’affaire des moteurs diesel manipulés prend un tournant judiciaire aux Etats-Unis. Le groupe allemand est accusé d’avoir caché la vérité et trompé les autorités

Les banques suisses le savent désormais très bien. On ne badine pas avec la vérité lorsque le Département américain de la justice (DoJ) empoigne un dossier. Les responsables du groupe automobile allemand Volkswagen (VW) commencent à le comprendre après la plainte civile déposée lundi par le DoJ réclamant quelque 20 milliards de dollars (20,18 milliards de francs) de dédommagements, suite au scandale des moteurs diesel trafiqués.

L’affaire a été révélée au grand jour le 18 septembre dernier par l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA), exaspérée de voir le constructeur allemand refuser de dévoiler la vérité à ses clients et au public. Cette vérité que VW avait finie par admettre, en interne, le 3 septembre, après avoir été mis sous forte pression.

Comportement «mensonger»

La lecture de la plainte du DoJ, qui agit au nom de l’EPA, montre que le montant élevé des dédommagements s’explique davantage par le comportement cachottier, voire mensonger, des responsables de VW qui ont longtemps nié l’évidence, plutôt que par les faits eux-mêmes.

En recoupant les différents éléments de l’affaire on s’aperçoit que de forts soupçons d’irrégularités liées aux émissions d’oxyde d’azote (NOx) ont conduit l’EPA à demander des explications à VW en mai 2014. Le groupe a d’abord minimisé les faits en déclarant qu’il s’agissait de cas isolés et d’un petit problème technique.

Or l’équipementier Bosch avait fourni à VW, dès 2007, des logiciels conçus pour contourner les contrôles sévères de taux NOx mis en place aux Etats-Unis. Ce système permettait de répondre à l’exigence des dirigeants du groupe, dès 2005, d’augmenter fortement la part de marché du constructeur aux Etats-Unis grâce à une campagne de vente agressive des modèles diesel, décrits comme plus propres.

En automne 2014 VW a rappelé quelques véhicules sans améliorer nettement le niveau d’émission de NOx, et déclaré à l’EPA que le problème était réglé. Pas convaincue, cette dernière a exigé des explications complémentaires que VW a renâclé à donner.

En juillet 2015, l’EPA menace de refuser la commercialisation des nouveaux véhicules diesel 2016 si elle n’obtient pas satisfaction. Finalement, le 3 septembre, VW reconnaît avoir équipé quelque 500 000 véhicules munis d’un moteur diesel deux litres, d’un logiciel espion faussant les résultats des tests. Le constructeur ne dit rien à ses clients, à la stupéfaction de l’EPA qui décide de dévoiler l’affaire le 18 septembre. Le 20 septembre, VW confirme les faits aux Etats-Unis, mais annonce aussi que plus de 10 millions de véhicules, vendus ailleurs dans le monde, sont aussi équipés du logiciel destiné à tromper les autorités de contrôle.

Il aura donc fallu 16 mois à VW pour reconnaître les faits. De plus, en novembre 2015, après avoir une nouvelle fois tenté de travestir la vérité face aux autorités, VW a reconnu que 85 000 véhicules supplémentaires, équipés d’un moteur diesel trois litres, notamment de la marque Audi, étaient aussi équipés du logiciel.

Amende allant jusqu’à 41 250 dollars par véhicule impliqué

C’est cette attitude qui explique le gros montant de l’amende figurant dans la plainte du DoJ. Elle est calculée par véhicule et peut se monter jusqu’à 41 250 dollars par voiture, dont 2750 à 3750 dollars pour avoir installé le logiciel. L’amende est plus salée pour les véhicules mis en vente après janvier 2009. Les chefs d’accusation sont la volonté de cacher la vérité aux autorités, l’obstruction à leurs demandes d’explications, la pollution excessive, la tromperie des consommateurs, et la concurrence déloyale.

Lire aussi: «Volkswagen pourrait payer 20 milliards de dommages et intérêts aux Etats-Unis»

Le montant total de quelque 20 milliards de dollars concerne uniquement la plainte civile du DoJ qui prépare également une plainte pénale contre les responsables directs du scandale. La plupart des analystes financiers rappellent que le système judiciaire américain permet des négociations et des arrangements à l’amiable, ce qui pourrait fortement réduire ce montant. Par exemple autour de 12 milliards de dollars selon la banque ING, ce qui se situe bien au-delà des 6,7 milliards d’euros provisionnés par VW.

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