«Personne n'aurait imaginé il y a un an que les prix «spot» à la Bourse européenne de l'électricité allaient doubler!» Pour Pierre-Alain Urech, directeur de Romande Energie, septième distributeur d'or blanc en Suisse, le «retournement total» des marchés face à un bien raréfié par des conditions climatiques défavorables est l'événement majeur de l'année 2005, plus que les débats sur la prochaine libéralisation du marché en Suisse, dernier pays d'Europe à faire le pas.

Pour le client, cela veut dire une chose: les prix vont probablement monter. En tout cas, ils deviendront plus volatils. Fini l'époque ou la facture ne variait pratiquement pas pendant dix ans!

Mauvaise année hydraulique

Pour l'instant, celle des clients de Romande Energie s'allège plutôt, grâce à deux rabais successifs de 30 et 16 millions de francs consentis en 2005 et 2006, dont une vingtaine pour les ménages. Alors que Monsieur Prix vitupérait récemment les électriciens romands, systématiquement trop chers (15% au-dessus de la moyenne helvétique), Romande Energie affirme être à la moyenne, voire au-dessous pour les industriels - pour lesquels le marché s'ouvrira l'an prochain si la nouvelle loi est adoptée - et 5 à 10% au-dessus pour les ménages, qui attendront 2012 pour la libéralisation complète.

Outre ces rabais, la mauvaise année hydraulique (-9,6% de production propre par rapport à 2004) pèse sur les résultats. Le chiffre d'affaires baisse de 0,9% à 413,7 millions de francs. La diminution des recettes liées à la vente d'électricité est compensée par une forte hausse de 19,5% dans les services, notamment ceux touchant à l'optimisation de la gestion énergétique. Les achats d'énergie engendrent des frais en forte hausse (+22,7%). La production propre couvre actuellement 20% des besoins de la société, auxquels s'ajoutent près de 40% garantis par des contrats à long terme, notamment avec Energie Ouest Suisse (EOS). Pierre-Alain Urech veut «augmenter significativement» la part de production propre.

Au niveau des résultats, la baisse de la marge brute est compensée par la compression des coûts et des réévaluations d'actifs, ce qui laisse un bénéfice avant impôts et intérêts confortable de 135,7 millions de francs et un bénéfice net de 124,6 millions, en légère hausse (+2,6%) par rapport à celui de 2004.

Deuxième acteur national

L'enjeu majeur dans un marché bientôt ouvert est d'y garder une taille critique suffisante. Un pas historique vient d'être franchi avec la finalisation de la vente de la participation de UBS dans Motor-Columbus, elle-même détentrice de 57,6% des actions d'Aare-Tessin AG für Elektrizität (ATEL). Par le jeu des participations indirectes (voir schéma ci-dessus), Romande Energie sera en 2007 un actionnaire important de ce qu'on appelle pour l'instant le «pôle énergétique de Suisse occidentale», deuxième acteur national derrière Axpo.

«Nous avons l'opportunité d'exercer une influence non négligeable, voire prépondérante dans cette future société», dit Pierre-Alain Urech. Le groupe vise une taille critique dans tous ses métiers de base, le commercial étant actuellement celui où il y a le plus d'efforts à faire. Romande Energie veut être «un acteur national et régional majeur» mais ne projette pas de s'étendre à l'étranger.

Dans le détail, la stratégie d'entreprise vise le développement de nouveaux services, très porteurs en ce moment, et une offre plus diversifiée d'énergies, notamment renouvelables. Les pompes à chaleur, par exemple, sont très demandées.

Enfin, les statuts vont être modernisés. Cela entraînera le remplacement des actions au porteur par des nominatives, la réduction du nombre d'administrateurs (de 15 à 11, dont 6 désignés par les pouvoirs publics) et - nostalgiques, sortez vos mouchoirs... - une nouvelle raison sociale, «Romande Energie Holding SA» - dont disparaît totalement la mention «compagnie vaudoise d'électricité».