La musique des marchés financiers sera très agréable en 2008, selon Citigroup qui présentait hier ses prévisions boursières dans la salle de concert du «Kaufleuten» de Zurich. Mais attention, la fin du cycle de hausse des actions est proche. Jonathan Stubbs s'appuie sur une image horlogère: «La montre indique 8 heures. A 3 heures, actions et obligations s'apprécient. Par contre, à 9 heures les deux catégories de titres baissent. Nous sommes juste avant 9 heures. Les actions ont encore le vent dans le dos, mais les obligations souffrent». Avec le temps, le risque croît, mais c'est aussi durant les derniers instants du cycle boursier que les gains sont les meilleurs.

Le dollar va encore baisser

Les éléments techniques du puzzle d'une hausse sont bien présents. Le pessimisme des investisseurs institutionnels est massif, ainsi que l'exprime l'indice de sentiment de State Street. Le multiple des bénéfices des actions mondiales est au plus bas des 15 dernières années (graphe ci-joint). Il est de 17 fois. L'histoire n'est pas une garantie de réussite future, mais, à chaque fois, quand ce ratio est inférieur à 18, la performance est nettement positive sur les douze mois qui suivent, selon Robert Buckland.

La bourse progressera même aux Etats-Unis, où pourtant les analystes devront réduire leurs prévisions de bénéfices pour 2008 (14,9% actuellement). Wall Street profitera surtout de la baisse des taux d'intérêt de 100 points de base qu'appliquera la Fed pour empêcher l'économie de tomber en récession. Même si cela poussera le dollar encore plus bas.

Le marché américain va progresser de plus de 10% l'an prochain, mais il est pourtant l'un des moins attrayants. Son évaluation (14,1) est bien supérieure à celle de l'Europe (PER 11,7), une région très prometteuse sur le plan des actions.

La palme de la hausse reviendra aux marchés émergents. Leur envol pluriannuel n'est pas terminé bien que leur évaluation soit maintenant égale à la moyenne mondiale (PER 13,1). Dans un contexte d'incertitude sur la croissance, l'investisseur acceptera de payer plus cher que d'habitude pour s'offrir de la croissance. «Une bulle ne s'arrête pas avec un PER de 13», selon Robert Buckland.

Les actions retrouvent leur heure de gloire. Le temps du financement des entreprises ou des hedge funds par le crédit est révolu. La dette n'est plus à la mode. L'investisseur privilégiera donc les modèles d'affaires les moins endettés, les bilans solides, donc plutôt les grands groupes.

Le risque d'inflation menace

Le pessimisme ambiant est tel que le stratège de Citigroup sur les actions américaines, Tobias Levkovitch, anticipe une hausse de plus de 10% sur son marché fétiche. Les cours actuels traduisent une décote de 20% par rapport à la moyenne historique.

Mais attention, il est bientôt 9 heures dans le cycle boursier. La fin 2008 et 2009 seront plus chahutées. Fruit des injections de liquidités de la Fed, l'inflation menace. Tobias Levkovitch s'inquiète notamment de la baisse du nombre de sociétés capables d'augmenter leurs prix de vente et la hausse de celles qui relèvent les salaires.