La chronique des changes

La faiblesse du dollar touche à sa fin

L’inquiétude de la Fed face à une flambée du dollar a été indirectement soulevée la semaine dernière

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La faiblesse du dollar touche à sa fin

La réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) la semaine dernière, durant laquelle la Fed a délivré un message plutôt prudent interprété par certains comme un clin d’œil face au rebond persistant du dollar, fait figure d’événement marquant du côté des devises. Beaucoup se demandent cependant si cette réunion a mérité la forte réaction reçue en retour et s’il faut y voir un signe de risque que le marché haussier du dollar a atteint son apogée.

Car, même si le dollar n’a pas été explicitement mentionné, l’inquiétude de la Fed face à une flambée du dollar a été indirectement soulevée. Premièrement, par la mention claire faite aux exportations (une «croissance des exportations ralentie»), une première en 5 ans! En évoquant ce problème, l’institution avait pour seule intention de montrer sa préoccupation d’un dollar plus fort faisant courir un risque de déséquilibre accru de la balance courante. Deuxièmement, dans ses déclarations à propos des éléments qui l’aideraient à déterminer la date d’un éventuel relèvement des taux, la Fed a fait mention de manière bien plus évidente des attentes d’inflation et de la nécessité d’être «raisonnablement confiant» envers un retour préalable de l’inflation à son objectif à long terme de 2%. Les projections internes du FOMC pour l’inflation en 2015 ont été fortement abaissées à moins de 1%, ce qui n’est vraiment pas un signe qu’il y a urgence à modifier les taux d’intérêt.

Qu’envisager à partir de là? Malgré le revirement prudent de la Fed, la nouvelle déclaration et la conférence de presse de Janet Yellen ont clairement fait état d’une volonté de l’institution de conserver l’option d’un relèvement de taux en juin, bien que cette perspective soit désormais moins certaine qu’avant la réunion. Janet Yellen ne veut écarter aucune option pour l’instant, et ce pour deux raisons: tout d’abord, le taux de chômage a chuté à des niveaux tellement bas qu’il approche de ce que la Fed considère comme le plein-emploi; une plus forte contraction du marché de l’emploi risquerait de faire évoluer brusquement les dynamiques d’inflation – surtout lorsque la politique de la Fed opère avec un retard de 6 à 12 mois. Ensuite, il y a entre les lignes un intérêt accru, et notamment de la part du nouveau vice-président de la Fed, Stanley Fischer, sur les risques d’une politique trop souple et trop durable pour la stabilité financière.

Par ailleurs, le regain de vigueur des indicateurs économiques des Etats-Unis est un facteur de risque à la hausse pour les données américaines et le dollar. Un indice de Citigroup sur la façon dont les indicateurs économiques américains «surprennent» face aux prévisions des économistes montre que le cumul des surprises générées par les données américaines a été au plus bas depuis 2011, la pire période en la matière. Les tendances positives s’inversent fortement à terme soit parce que l’économie se redresse, soit parce que les chiffres commencent à surprendre positivement du fait que la tendance des prévisions était extrêmement pessimiste. En d’autres termes, il ne faut pas compter sur une faiblesse durable du dollar.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank

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