La faible croissance américaine n'aura pas d'effet modérateur sur la hausse des prix du pétrole, estime Robin Batchelor, cogérant du BlackRock World Energy Fund. Ce fonds doté d'une fortune de 5 milliards de dollars investit dans toutes les énergies traditionnelles, pétrole, gaz, charbon ou nucléaire, mais accorde une place prépondérante à l'or noir.

Le Temps: Votre fonds bénéficie-t-il d'un afflux d'argent grâce à la hausse des prix du pétrole?

Robin Batchelor:Non... Nous subissons des retraits nets depuis deux ans. A chaque fois que le pétrole établit un nouveau record, les investisseurs prennent des bénéfices. Cependant, nous pensons que la tendance de fond est clairement haussière, même si elle s'accompagne de beaucoup de volatilité. La réalité est souvent mal comprise: les problèmes économiques américains ne réduiront pas la consommation mondiale de pétrole. Selon les prévisions de l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie, celle-ci va augmenter cette année de 1,27 million de barils par jour. La croissance de la demande vient des pays des pays émergents, notamment au Moyen-Orient et en Asie. Un autre phénomène est souvent négligé: la perte de production. De nombreux gisements sont en déclin, par exemple en Russie et au Mexique, et la quantité extraite chaque année recule. L'AIE a estimé en 2003 que l'augmentation de la consommation entre 2002 et 2010 correspond à 11 millions de barils par jour. Sur la même période, le besoin supplémentaire lié à la perte de production est de 33 millions de barils par jour. Il s'agit d'un véritable challenge.

- Comment cela se décline-t-il dans votre portefeuille?

- Par exemple, nous abordons la consommation en Russie par Sibir Energy. Cette société est cotée à Londres, mais ses actifs et ses principaux actionnaires sont russes. Sa production et le débit de ses raffineries progressent fortement. Nous investissons aussi dans la canadienne Niko, qui bénéficie de la consommation de gaz en Inde. La compagnie croît rapidement et pourrait être rachetée.

Nous surpondérons les marchés émergents, où la croissance est plus attrayante. Un autre exemple est Petrobras, qui a annoncé il y a quelques semaines que les capacités d'un gisement sont plus importantes que prévu. Cependant, en réponse à la baisse d'appétit pour le risque des investisseurs, nous avons augmenté nos positions dans les grandes compagnies intégrées, comme Exxon, BP ou Chevron. Leur valorisation est attrayante et, dans les turbulences, ces lignes ont bien performé et nous ont apporté une certaine stabilité.

- Ces grandes compagnies sont sous pression, l'accès aux gisements des pays émergents leur étant difficile.

- Leur rôle évolue. Auparavant, leur savoir-faire et leurs capitaux étaient indispensables; ils ne sont aujourd'hui nécessaires que pour les méga-projets complexes et coûteux. C'est pourquoi nous surpondérons des sociétés plus petites, qui trouveront plus facilement des poches de croissance. Il y a aussi des opportunités dans les services pétroliers: des entreprises comme l'américaine Schlumberger sont appelées par des compagnies locales pour leur savoir-faire.

- Quelle est la part de la spéculation et des institutionnels dans la hausse des futurs sur le pétrole?

- C'est très difficile à dire. Mais le prix des futurs reflète assez bien ce qui se passe sur le terrain. Le prix du baril est passé de 30 à plus de 110 dollars, et la question de la spéculation a toujours été présente. Les investisseurs financiers amplifient peut-être la tendance, mais ne la définissent pas.