La planète finance a passé un nouveau vendredi à broyer du noir, ce jour étant celui du point mensuel sur la santé de l'emploi aux Etats-Unis. Oubliée, la bouffée d'oxygène provoquée il y a une semaine par l'annonce d'une résistance de la croissance de l'activité américaine au printemps, en raison d'un regain de dynamisme du commerce extérieur.

En quelques jours, les marchés boursiers de la planète se sont de nouveau emmurés dans leurs certitudes d'une arrivée irrémédiable de la récession en Amérique. Et invoquent maintenant l'augmentation importante du chômage en août: celui-ci est passé de 5,7 à 6,1% en l'espace d'un mois - son plus haut niveau depuis cinq ans. Ce qui laisse craindre un coup de frein à venir sur la consommation, principal moteur de l'économie américaine. Sans compter que sur le front immobilier, les saisies de logements non remboursés se sont développées à un rythme inconnu depuis 29 ans au deuxième trimestre. Ce qui n'a rien fait pour lutter contre la morosité ambiante. «Il convient toutefois de garder à l'esprit que l'emploi est une variable retardée de l'activité et ces statistiques ne remettent pas en cause les signes avancés de reprise que l'on a pu discerner dans les commandes aux usines, ou les indices de confiance des consommateurs», tempère Marc Touati, responsable de la recherche économique chez Global Equities.

L'Asie en chute libre

Il n'empêche. Le fait que la Banque centrale européenne révise jeudi en baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro - seulement 1,4% pour 2008 et 1,2% l'an prochain - a amplifié les craintes d'un ralentissement mondial. Résultat, les marchés boursiers poursuivaient leur plongée en eaux profondes, hier en fin d'après-midi. Wall Street avait perdu 3,5% depuis jeudi matin, la bourse de Zurich reculant de 3,8%, celle de Paris cédant même 5,6%.

En Asie, les marchés ont perdu près de 7% sur la semaine écoulée. Depuis le début de l'année, leur déclin atteint 26%, près du double du recul du marché américain. La place de Tokyo laisse derrière elle sa plus mauvaise semaine depuis un an, un exportateur comme Nissan voyant le cours de ses actions s'évanouir de 3,6% sur la seule journée de vendredi. Ailleurs dans le monde émergent, les places dominées par les grands groupes miniers subissent quant à elles de plein fouet le dégonflement du prix des matières premières. En une semaine, São Paulo s'est dégonflé de près de 10%, est retombé à un plus bas depuis un an.

Crise de liquidité

En réalité, les marchés restent dans le noir total face à une situation économique de plus en plus complexe et une crise bancaire qui continue de faire rage. «Au printemps, lorsque la bourse souffrait, on invoquait l'envolée des matières premières et du pétrole en raison de son impact sur le pouvoir d'achat; or aujourd'hui le pétrole plonge et pourtant les marchés ne repartent pas... pourquoi? Car en réalité il n'y a plus de capitaux disponibles pour revenir sur les marchés», résume Eric Le Coz, porte-parole de la gestion au sein de la maison parisienne Carmignac Gestion. Des interrogations qui expliquent les mouvements contradictoires agitant les marchés ces dernières semaines.