Les banquiers privés suisses réservent une déception après l'autre. La Banque Sarasin, cadette de ses rivales suisses cotées, a publié dans leur sillage des résultats médiocres, avec un bénéfice net en chute de 41,6% au premier semestre, à comparer à la baisse de 45% publiée par Julius Bär et à celle plus spectaculaire de 88% pour la Banque Vontobel sur la même période. Le bénéfice net de la Banque Sarasin s'établit ainsi à 39,4 millions de francs, contre 67,5 millions au premier semestre 2000.

Comme dans le cas de Vontobel et de Julius Bär, la mauvaise performance de Sarasin s'est inscrite en dessous de la moyenne des attentes de six analystes interrogés par Bloomberg, qui attendaient une baisse de 35% du bénéfice. Le titre a perdu 23% au cours des six derniers mois. Il a cédé 3,4% vendredi, suite à l'annonce, pour clôturer à 3700 francs. Il avait déjà atteint son point le plus bas de l'année la veille, à 3830 francs.

Au même titre que ses pairs, la Banque Sarasin a souffert du marasme des marchés financiers au premier semestre 2001. Cela s'est reflété dans les revenus des opérations de commissions, qui constituent les trois quarts des produits de Sarasin, et qui ont reculé de 17%, à 136,4 millions de francs, contre une chute de 15,9% pour Julius Bär et de 22% pour Vontobel. Quant aux revenus des affaires de négoce, ils se sont effondrés de 41%, à 16 millions, comparé à une chute de 42% pour Julius Bär et de 99% pour Vontobel. Toutefois, la Banque Sarasin précise que les revenus issus des affaires de négoce avaient atteint l'an passé un niveau particulièrement élevé, et que les montants publiés ce semestre sont par conséquent à considérer comme «un retour à la normale».

Baisse de la rentabilité

Quant au bénéfice d'exploitation, il a reculé de 15,3%, à 184,7 millions de francs. Comme pour Vontobel et Julius Bär, la Banque Sarasin se heurte à une baisse de rentabilité. Elle va donc «ralentir le rythme de son expansion et reporter des projets d'investissements jusqu'à ce que les niveaux de productivité nécessaires soient atteints», selon le communiqué publié vendredi. En effet, à la situation difficile sur les marchés boursiers s'ajoute la stratégie de croissance coûteuse de l'établissement des bords du Rhin. Si les coûts salariaux ont augmenté de 19% pour refléter l'augmentation des effectifs de 15%, qui passent à 816 collaborateurs, la hausse n'était plus que de 7% suite à la réduction des provisions de bonus. La maîtrise des coûts du personnel s'est donc opérée en taillant dans les parts variables des salaires, démontrant l'impact significatif des bonus sur les coûts. L'objectif de Sarasin est de réduire son ratio coûts/revenus de 70% actuellement, à 60%.

Une éclaircie à ce sombre paysage: les fonds sous gestion ont augmenté de 1,4% depuis décembre, passant de 41,4 milliards en décembre à 41,9 milliards à la fin juin 2001, l'afflux net de nouveaux fonds progressant de 7%. Ces chiffres ont constitué la seule surprise positive par rapport aux attentes des analystes. Christoph Ristchard, analyste à la Banque Cantonale de Zurich, remarque que, dans un contexte de détérioration des marchés des actions, «les petits gérants de fortune s'en sortent moins bien que les grandes banques».