Justice

La faillite d’Avendis de retour au tribunal

Le dirigeant du hedge fund genevois disparu, qui avait acquis le chausseur français Charles Jourdan en 2005, est jugé en appel. Il avait écopé de 3 ans et demi de prison ferme en 2016 pour gestion déloyale et abus de confiance

Retour vers les prémices de la crise financière, ce lundi au tribunal de Genève. Le procès en appel de l’ancien patron de la société de gestion Avendis et de son ex-épouse a ramené la Chambre pénale d’appel vers le monde des hedge funds d’avant 2008, lorsque le financier genevois jonglait avec les dizaines de millions, entre immobilier américain et produits structurés, avec une pointe de cocaïne et de voyages en jet privé.

Mais loin d’un «Loup de Wall Street» lémanique, c’est plutôt un boxeur sortant d’un combat qui a lentement traversé la salle d’audience lundi matin, en jeans, pull-over gris et baskets noires. Des combats, Yann Bilquez, épaisse silhouette monolithique et cheveux châtains gominés, en a connu plusieurs, depuis dix ans. Faillites, divorce, cancer, addictions, dépression, et une condamnation à 3 ans et demi de prison ferme en décembre 2016, dont l’appel est examiné ce début de semaine.

Puits sans fond

Consacrée à l’audition du prévenu, la première journée d’audience a permis de faire un tour d’horizon de ce dossier à multiples facettes. A commencer par la faillite de Charles Jourdan. Yann Bilquez a acquis l’entreprise en octobre 2005, alors que le chausseur basé dans la Drôme se trouvait en cessation de paiements. «Sur la base d’un rapport du consultant PwC estimant que 3 millions d’euros (environ 4,5 millions de francs à l’époque) suffiraient à redresser l’entreprise», précise Yann Bilquez, les bras un peu tremblants à la barre. Le Français voulait diversifier les activités d’Avendis, la société de gestion alternative qu’il avait fondée en 2001 à Genève.

En 2005, les affaires étaient florissantes, se souvient le bientôt quinquagénaire, actuellement sous puissant traitement anxiolytique. L’argent de la transaction est avancé par le fonds Enhanced Fixed Income d’Avendis, «le temps de trouver des investisseurs, qui ne viendront jamais», poursuit Yann Bilquez, lunettes sur le bout du nez. Il découvre rapidement que Charles Jourdan est en réalité «un puits sans fond», maintenu à flot grâce à plus de 5 millions d’euros prêtés entre octobre 2005 et septembre 2006 par le fonds Enhanced Fixed Income et un autre véhicule d’Avendis. L’acquisition de Charles Jourdan et les prêts qui lui ont été accordés par la suite ne sont pas conformes à la stratégie d’investissement du fonds et relèvent de l’abus de confiance, avait tranché le tribunal de première instance.

«Arrêté trop tôt»

Mis sous pression par le gouvernement français pour qu’il sauve les emplois de ce fleuron du made in France, Yann Bilquez décide de vendre Charles Jourdan. «J’étais à bouts touchants avec une filiale du groupe Toyota, spécialisée dans les investissements, qui était prête à mettre 30 à 40 millions. Cela aurait tout réglé», poursuit l’ex-financier, qui a semblé reprendre des forces au fur et à mesure de son audition, lundi. Sauf que l’opération ne s’est pas faite, car il s’est fait arrêter fin 2007, dans l’affaire Golden Key.

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Golden Key est le nom d’un autre hedge fund maison, lancé en 2005 avec la stratégie d’acquérir des obligations adossées à de l’immobilier résidentiel américain. Pour se financer, Golden Key émettait différents types d’obligations à court terme, avec différents niveaux de risque. Or une partie des fonds nécessaires à son lancement ont été apportés par le fonds Enhanced Fixed Income, qui a acquis pour 25 millions de dollars de la tranche la plus risquée des obligations émises par Golden Key. La diversification du fonds Enhanced Fixed Income n’est plus assurée, ce qui constitue de la gestion déloyale qualifiée, selon le jugement de première instance.

Lundi, mis sous pression par la présidente Verena Pedrazzini sur ce point, Yann Bilquez assure que Golden Key était «un excellent produit, qui rapportait 16 à 18% par an et dont l’exposition aux subprimes était de l’ordre de 2%». Le véhicule est néanmoins balayé lorsque les investisseurs perdent confiance dans tous les investissements complexes liés à l’immobilier, alors que la crise financière s’emballe.

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Des dépenses «somptuaires»

Enfin, Avendis fait faillite en janvier 2008 après avoir dû liquider ses fonds et en raison de dépenses «somptuaires», selon l’acte d’accusation, qui liste 37 dépenses en produits de luxe et vols en jet privé pour un montant total approchant 3,5 millions de francs, entre mi-2005 et janvier 2007. Somptuaires, ces dépenses l’ont été, reconnaît Yann Bilquez, qui précise qu’un tiers d’entre elles servaient à faire des cadeaux à des clients et que les deux tiers restants ont profité à son ex-épouse, «qui présentait des listes d’achats que je devais payer, et en faisait une condition pour que je puisse voir mes enfants». L’ex-épouse a été condamnée à 2,5 ans de prison en première instance pour gestion déloyale et blanchiment – et a fait appel. Elle n’est pas présente au procès genevois, pour des raisons de santé. Le procès se poursuit ce mardi avec les plaidoiries.

 

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