La Corée du Sud a eu trois jours fériés cette semaine, de mercredi à vendredi. Ce qui n’a en rien arrangé les importateurs du monde entier, qui cherchent désespérément une réponse au casse-tête causée par la faillite de Hanjin Shipping le mois dernier. Premier transporteur maritime du pays, le septième au monde, mais incapable d’honorer une dette colossale de 4,7 milliards de dollars, il s’est mis sous protection juridique aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et en Asie.

A présent, 500 000 conteneurs sont immobilisés à bord d’une soixantaine de navires se trouvant au large ou dans les ports dans l’attente d’une autorisation pour débarquer la marchandise. A l’approche des fêtes de fin d’année, les importateurs s’attendent à recevoir leurs commandes dès maintenant, avant de les acheminer dans les magasins de détail.

Migros et Manor touchés

Prenons le cas de Migros. Elle n’affrète pas elle-même directement les services de Hanjin, mais une partie de ses marchandises est transportée inévitablement dans ses conteneurs. Ainsi, dix conteneurs se trouvent actuellement sur deux navires de la compagnie sud-coréenne en partance de Djeddah, en Arabie saoudite. A ce stade, Migros attend de voir si les deux bateaux peuvent se diriger vers des ports et si les conteneurs peuvent être déchargés sur un autre bateau pour la suite du voyage. Autant dire que des retards de livraison sont déjà intégrés dans la planification, alors même que les importateurs, les entreprises d’expédition, assurances et banques travaillent d’arrache-pied pour trouver une solution. «Pour notre part, nous ne pouvons malheureusement rien faire d’autre que d’attendre», explique une porte-parole.

Le géant orange suisse n’est pas une exception. La logistique de Manor est aussi concernée par les difficultés rencontrées par la compagnie Hanjin. «Cependant, seules cinq livraisons sont momentanément concernées, ce qui représente un volume modeste, explique la porte-parole. Nous sommes actuellement à la recherche d’une solution pour les acheminer en Suisse d’une autre façon.»

Samsung (Suisse) qui centralise les importations des produits de téléphonie, est dans la même situation. La semaine dernière, le plus grand fabricant de smartphones au monde a fait savoir qu’il avait pour 38 millions de dollars de biens à bord des bateaux de Hanjin. La société a dit craindre que le transporteur ne puisse même pas payer les frais de stationnement, voire empêcher que les biens soient saisis par les créanciers.

Conteneurs en souffrance

De la même façon, les voitures Hyundai, de plus en plus populaires, sont concernées, mais indirectement. A ce stade, l’importateur suisse n’a pas eu à subir de contrecoup. 95% des voitures de la marque sud-coréenne vendues en Europe sont assemblées en Turquie et en République tchèque à partir des pièces détachées fabriquées en Corée du Sud. Une pénurie des pièces pourrait toutefois paralyser les chaînes de production.

Selon une radio néerlandaise, il y a des milliers de conteneurs en souffrance à Rotterdam, le plus grand port d’Europe. Les autorités portuaires ont confirmé que des conteneurs appartenant à Hanjin, certains vides et d’autres pleins, sont bloqués au terminal Euromax et que des discussions sont en cours avec les propriétaires des biens.

Aux Etats-Unis, les importateurs broient aussi du noir à l’approche de la grande journée de shopping du «Black Friday», le 24 novembre. LG, grand spécialiste sud-coréen en électroménagers et dont le transport de 10 à 20% des exportations est assuré par Hanjin, tente désespérément de trouver un transporteur alternatif.